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Stello

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--Peut-être, dit Stello.

--Jusqu'à ce que le cocher essaye de verser le maître ou d'entrer
dans la voiture, ce qui ne serait pas mal, continua le Docteur.

Oh! nul doute, monsieur, qu'il ne vaille autant choisir en temps de
luttes, que se laisser ballotter comme un numéro dans le sac d'un
grand loto. Mais l'intelligence n'y est presque pour rien, car vous
voyez que, par le raisonnement appliqué au choix du Pouvoir qu'on
veut s'imposer, on n'arrive qu'à des négations, quand on est de bonne
foi. Mais, dans les circonstances dont nous parlons, suivez votre
coeur ou votre instinct. Soyez (passez-moi l'expression) bête comme
un drapeau.

--O profanateur! s'écria Stello.

--Plaisantez-vous? dit le Docteur; le plus grand des profanateurs,
c'est le temps: il a usé vos drapeaux jusqu'au bois.

Lorsque le drapeau blanc de la Vendée marchait au vent contre le
drapeau tricolore de la Convention, tous deux étaient loyalement
l'expression d'une idée; l'un voulait bien dire nettement MONARCHIE,
HÉRÉDITÉ, CATHOLICISME; l'autre, RÉPUBLIQUE, EGALITÉ, RAISON HUMAINE:
leurs plis de soie claquaient dans l'air au-dessus des épées, comme
au-dessus des canons se faisaient entendre les chants enthousiastes
des voix mâles, sortis de coeurs bien convaincus. HENRI IV, LA
MARSEILLAISE, se heurtaient dans l'air comme les faux et les
baïonnettes sur la terre. C'étaient là des drapeaux!

O temps de dégoût et de pâleur, tu n'en as plus! Naguère le blanc
signifiait charte, aujourd'hui le tricolore veut dire charte. Le
blanc était devenu un peu rouge et bleu, le tricolore est devenu un
peu blanc. Leur nuance est insaisissable. Trois petits articles
d'écriture en font, je crois, la différence. Otez donc la flamme, et
portez ces articles au bout du bâton.

Dans notre siècle, je vous le dis, l'uniforme sera un jour ridicule
comme la guerre est passée. Le soldat sera déshabillé comme le
médecin l'a été par Molière, et ce sera peut-être un bien. Tout sera
rangé sous un habit noir comme le mien. Les révoltes mêmes n'auront
pas d'étendard. Demandez à Lyon, en cette dix-huit cent trente-
deuxième année de Notre-Seigneur.

En attendant, allez comme vous voudrez dans les actions, elles
m'occupent peu.

Obéissez à vos affections, vos habitudes, vos relations sociales,
votre naissance... que sais-je, moi?--Soyez décidé par le ruban
qu'une femme vous donnera, et soutenez le petit Mensonge social qui
lui plaira. Puis récitez-lui les vers d'un grand poète:

Lorsque deux factions divisent un empire,
Chacun suit, au hasard, la meilleure ou la pire;
Mais quand ce choix est fait, ou ne s'en dédit pas.

Au hasard! Il fut de mon avis et ne dit pas: la plus sensée. Qui
eut raison des Guelfes ou des Gibelins, à votre sens? Ne serait-ce
pas la Divina Commedia?

Amusez donc votre coeur, votre bras, tout votre corps avec ce jeu
d'accidents. Ni moi, ni la philosophie, ni le bon sens, n'avons rien
à faire là.

C'est pure affaire de sentiment et puissance de fait, d'intérêts et
de relations.

Je désire ardemment, pour le bien que je vous souhaite, que vous ne
soyez pas né dans cette caste de parias, jadis Brahmes, que l'on
nommait Noblesse, et que l'on a flétrie d'autres noms; classe
toujours dévouée à la France et lui donnant ses plus belles gloires,
achetant de son sang le plus pur le droit de la défendre en se
dépouillant de ses biens pièce à pièce et de père en fils; grande
famille pipée, trompée, sapée par ses plus grands Rois, sortis
d'elle; hachée par quelques-uns, les servant sans cesse, et leur
parlant haut et franc; traquée, exilée, plus que décimée, et toujours
dévouée tantôt au Prince qui la ruine, ou la renie, ou l'abandonne,
tantôt au Peuple qui la méconnaît et la massacre; entre ce marteau
et cette enclume, toujours pure et toujours frappée, comme un fer
rougi au feu; entre cette hache et ce billot, toujours saignante et
souriante comme les martyrs; race aujourd'hui rayée du livre de vie
et regardée de côté, comme la race juive. Je désire que vous n'en
soyez pas.

Mais que dis-je? Qui que vous soyez d'ailleurs, vous n'avez nul
besoin de vous mêler de votre parti. Les partis ont soin
d'enrégimenter un homme malgré lui, selon sa naissance, sa position,
ses antécédents, de si bonne sorte qu'il n'y peut rien, quand il
crierait du haut des toits et signerait de son sang qu'il ne pense
pas tout ce que pensent les compagnons qu'on lui suppose et qu'on lui
assigne.--Ainsi, en cas de bouleversement, j'excepte absolument les
partis de notre consultation, et là-dessus je vous abandonne au vent
qui soufflera.

Stello se leva, comme on fait quand on veut se montrer tout entier,
avec une secrète satisfaction de soi-même, et il jeta même un regard
sur une glace où son ombre se réfléchissait.

--Me connaissez-vous bien vous-même? dit-il avec assurance. Savez-
vous (et qui le sait excepté moi?), savez-vous quelles sont les
études de mes nuits?

Pourquoi, si elle est ainsi traitée, ne pas dépouiller la Poésie et
la jeter à terre comme un manteau usé?

Qui vous dit que je n'ai pas étudié, analysé, suivi, pulsation par
pulsation, veine par veine, nerf par nerf, toutes les parties de
l'organisation morale de l'homme, comme vous de son être matériel?
que je n'ai pas pesé dans une balance de fer machiavélique les
passions de l'homme naturel et les intérêts de l'homme civilisé,
leurs orgueils insensés, leurs joies égoïstes, leurs espérances
vaines, leurs faussetés étudiées, leurs malveillances déguisées,
leurs jalousies honteuses, leurs avarices fastueuses, leurs amours
singés, leurs haines amicales?

O désirs humains! craintes humaines! vagues éternelles, vagues
agitées d'un Océan qui ne change pas, vous êtes seulement comprimées
quelquefois par des courants hardis qui vous emportent, des vents
violents qui vous soulèvent, ou des rochers immuables qui vous
brisent!

--Et, dit le Docteur en souriant, vous aimeriez à vous croire
courant, vent ou rocher!

--Et pensez-vous que...

--Que vous ne devez jeter que des oeuvres dans cet Océan.

Il faut bien plus de génie pour résumer tout ce qu'on sait de la vie
dans une oeuvre d'art, que pour jeter cette semence sur la terre,
toujours remuée, des événements politiques. Il est plus difficile
d'organiser tel petit livre que tel gros gouvernement.--Le Pouvoir
n'a plus depuis longtemps ni la force ni la grâce.--Ses jours de
grandeur et de fêtes ne sont plus. On cherche mieux que lui. Le tenir
en main, cela s'est toujours pu réduire à l'action de manier des
idiots et des circonstances, et ces circonstances et ces idiots,
ballottés ensemble, amènent des chances imprévues et nécessaires,
auxquelles les plus grands ont confessé qu'ils devaient la plus belle
partie de leur renommée. Mais à qui la doit le Poète, si ce n'est à
lui-même? La hauteur, la profondeur et l'étendue de son oeuvre et de
sa renommée futures sont égales aux trois dimensions de son cerveau.
--Il est par lui-même, il est lui-même, et son oeuvre est lui.

Les premiers des hommes seront toujours ceux qui feront d'une
feuille de papier, d'une toile, d'un marbre, d'un son, des choses
impérissables.

Ah! s'il arrive qu'un jour vous ne sentiez plus se mouvoir en vous
la première et la plus rare des facultés, l'IMAGINATION; si le
chagrin ou l'âge la dessèchent dans votre tête comme l'amande au fond
du noyau; s'il ne vous reste plus que Jugement et Mémoire; lorsque
vous vous sentirez le courage de démentir cent fois par an vos
actions publiques par vos paroles publiques, vos paroles par vos
actions, vos actions l'une par l'autre, et l'une par l'autre vos
paroles, comme tous les hommes politiques; alors faites comme tant
d'autres bien à plaindre, désertez le ciel d'Homère, il vous restera
encore plus qu'il ne faudra pour la politique et l'action, à vous qui
descendrez d'en haut. Mais, jusque-là, laissez aller d'un vol libre
et solitaire l'Imagination qui peut être en vous.--Les oeuvres
immortelles sont faites pour duper la Mort en faisant survivre nos
idées à notre corps.--Écrivez-en de telles si vous pouvez, et soyez
sûr que s'il s'y rencontre une idée ou seulement une parole utile au
progrès civilisateur, que vous ayez laissée tomber comme une plume de
votre aile, il se trouvera assez d'hommes pour la ramasser,
l'exploiter, la mettre en oeuvre jusqu'à satiété. Laissez-les faire.
L'application des idées aux choses n'est qu'une perte de temps pour
les créatures de pensées.

Stello, debout encore, regarda le Docteur-Noir avec recueillement,
sourit enfin, et tendit la main à son sévère ami.

--Je me rends, dit-il, écrivez votre ordonnance.

Le Docteur prit du papier.

--Il est bien rare, dit-il tout en griffonnant, que le sens commun
donne une ordonnance qui soit suivie.

--Je suivrai la vôtre comme une loi immuable et éternelle, dit
Stello, non sans étouffer un soupir; et il s'assit, laissant tomber
sa tête sur sa poitrine, avec un sentiment de profond désespoir et la
conviction d'un vide nouveau rencontré sous ses pas; mais, en
écoutant l'ordonnance, il lui sembla qu'un brouillard épais s'était
dissipé devant ses yeux et que l'étoile infaillible lui montrait le
seul chemin qu'il eût à suivre.

Voici ce que le Docteur-Noir écrivait, motivant chaque point de son
ordonnance, usage fort louable et assez rare.




CHAPITRE XL

ORDONNANCE DU DOCTEUR-NOIR


SÉPARER LA VIE POÉTIQUE DE LA VIE POLITIQUE.

Et, pour y parvenir:

I.--Laisser à César ce qui appartient à César, c'est-à-dire le
droit d'être, à chaque heure de chaque jour, honni dans la rue,
trompé dans le palais; combattu sourdement, miné longuement, battu
promptement et chassé violemment.

Parce que, l'attaquer ou le flatter avec la triple puissance des
arts, ce serait avilir son oeuvre et l'empreindre de ce qu'il y a de
fragile et de passager dans les événements du jour. Il convient de
laisser cette tâche à la critique du matin, qui est morte le soir, ou
à celle du soir, qui est morte le matin.--Laisser à tous les Césars
la place publique, et les laisser jouer leur rôle, et passer, tant
qu'ils ne troubleront ni les travaux de vos nuits ni le repos de vos
jours.--Plaignez-les de toute votre pitié s'ils ont été forcés de
se mettre au front cette couronne Césarienne, qui n'a plus de
feuilles et déchire la tête. Plaignez-les encore s'ils l'ont désirée;
leur réveil en est plus cruel après un long et beau rêve. Plaignez-
les s'ils sont pervertis par le Pouvoir; car il n'est rien qui ne
puisse fausser cette antique et peut-être nécessaire Fausseté, d'où
viennent tant de maux.--Regardez cette lumière s'éteindre, et
veillez; heureux si vos veilles peuvent aider l'humanité à se grouper
et s'unir autour d'une clarté plus pure!

II.--SEUL ET LIBRE, ACCOMPLIR SA MISSION. Suivre les conditions de
son être, dégagé de l'influence des Associations, même les plus
belles.

Parce que la Solitude est la source des inspirations.

LA SOLITUDE EST SAINTE. Toutes les Associations ont tous les défauts
des couvents.

Elles tendent à classer et diriger les intelligences, et fondent peu
à peu une autorité tyrannique qui, ôtant aux intelligences la liberté
et l'individualité, sans lesquelles elles ne sont rien, étoufferait
le génie même sous l'empire d'une communauté jalouse.

Dans les Assemblées, les Corps, les Compagnies, les Écoles, les
Académies et tout ce qui leur ressemble, les médiocrités intrigantes
arrivent par degrés à la domination par leur activité grossière et
matérielle, et cette sorte d'adresse à laquelle ne peuvent descendre
les esprits vastes et généreux.

L'Imagination ne vit que d'émotions spontanées et particulières à
l'organisation et aux penchants de chacun.

La République des lettres est la seule qui puisse jamais être
composée de citoyens vraiment libres, car elle est formée de penseurs
isolés, séparés et souvent inconnus les uns aux autres.

Les Poètes et les Artistes ont seuls, parmi tous les hommes, le
bonheur de pouvoir accomplir leur mission dans la solitude. Qu'ils
jouissent de ce bonheur de ne pas être confondus dans une société qui
se presse autour de la moindre célébrité se l'approprie, l'enserre,
l'englobe, l'étreint, et lui dit: NOUS.

Oui, l'Imagination du Poète est inconstante autant que celle d'une
créature de quinze ans recevant les premières impressions de l'amour.
L'Imagination du Poète ne peut être conduite, puisqu'elle n'est pas
enseignée. Otez-lui ses ailes, et vous la ferez mourir.

La mission du Poète ou de l'Artiste est de produire, et tout ce
qu'il produit est utile, si cela est admiré.

Un Poète donne sa mesure par son oeuvre; un homme attaché au Pouvoir
ne la peut donner que par les fonctions qu'il remplit. Bonheur pour
le premier, malheur pour l'autre; car, s'il se fait un progrès dans
les deux têtes, l'un s'élance tout à coup en avant par une oeuvre,
l'autre est forcé de suivre la lente progression des occasions de la
vie et les pas graduels de sa carrière.

SEUL ET LIBRE, ACCOMPLIR SA MISSION.

III.--Éviter le rêve maladif et inconstant qui égare l'esprit, et
employer toutes les forces de la volonté à détourner sa vue des
entreprises trop faciles de la vie active.

Parce que l'homme découragé tombe souvent, par paresse de penser,
dans le désir d'agir et de se mêler aux intérêts communs, voyant
comme ils lui sont inférieurs et combien il semble facile d'y prendre
son ascendant. C'est ainsi qu'il sort de sa route, et, s'il en sort
souvent, il la perd pour toujours.

La Neutralité du penseur solitaire est une NEUTRALITÉ ARMÉE qui
s'éveille au besoin.

Il met un doigt sur la balance et l'emporte.

Tantôt il presse, tantôt il arrête l'esprit des nations; il inspire
les actions publiques ou proteste contre elles, selon qu'il lui est
révélé de le faire par la conscience qu'il a de l'avenir. Que lui
importe si sa tête est exposée en se jetant en avant ou en arrière?

Il dit le mot qu'il faut dire, et la lumière se fait.

Il dit ce mot de loin en loin et, tandis que le mot fait son bruit,
il rentre dans son silencieux travail et ne pense plus à ce qu'il a
fait.

IV.--Avoir toujours présentes à la pensée les images, choisies
entre mille, de Gilbert, de Chatterton et d'André Chénier.

Parce que, ces trois jeunes ombres étant sans cesse devant vous,
chacune d'elles gardera l'une des routes politiques où vous pourriez
égarer vos pieds. L'un des trois fantômes adorables vous montrera sa
clef, l'autre sa fiole de poison, et l'autre sa guillotine. Ils vous
crieront ceci:

Le Poète a une malédiction sur sa vie et une bénédiction sur son
nom. Le Poète, apôtre de la vérité toujours jeune, cause un éternel
ombrage à l'homme du Pouvoir, apôtre d'une vieille fiction, parce que
l'un a l'inspiration, l'autre seulement l'attention ou l'aptitude
d'esprit; parce que le Poète laissera une oeuvre où sera écrit le
jugement des actions publiques et de leurs acteurs; parce qu'au
moment même où ces acteurs disparaissent pour toujours à la mort,
l'auteur commence une longue vie. Suivez votre vocation. Votre
royaume n'est pas de ce monde, sur lequel vos yeux sont ouverts, mais
de celui qui sera quand vos yeux seront fermés.

L'ESPÉRANCE EST LA PLUS GRANDE DE NOS FOLIES.

Eh! qu'attendre d'un monde où l'on vient avec l'assurance de voir
mourir son père et sa mère?

D'un monde où de deux êtres qui s'aiment et se donnent leur vie, il
est certain que l'un perdra l'autre et le verra mourir?

Puis ces fantômes douloureux cesseront de parler et uniront leurs
voix en choeur comme en un hymne sacré; car la Raison parle, mais
l'Amour chante.

Et vous entendrez encore ceci:



SUR LES HIRONDELLES

Voyez ce que font les hirondelles, oiseaux de passage aussi bien que
nous. Elles disent aux hommes: Protégez-nous, mais ne nous louchez
pas.

Et les hommes ont pour elles, comme pour nous, un respect
superstitieux.

Les hirondelles choisissent leur asile dans le marbre d'un palais ou
dans le chaume d'une cabane; mais ni l'homme du palais ni l'homme de
la cabane n'oseraient toucher à leur nid, parce qu'ils perdraient
pour toujours l'oiseau qui porte bonheur à leur habitation, comme
nous aux terres des peuples qui nous vénèrent.

Les hirondelles ne posent qu'un moment leurs pieds sur la terre, et
nagent dans le ciel toute leur vie, aussi aisément que les dauphins
dans la mer.

Et si elles voient la terre, c'est du haut du firmament qu'elles la
voient, et les arbres et les montagnes, et les villes et les
monuments, ne sont pas plus élevés à leurs yeux que les plaines et
les ruisseaux, comme aux regards célestes du Poète tout ce qui est de
la terre se confond en un seul globe éclairé par un rayon d'en haut.

--Les écouter, et, si vous êtes inspiré, faire un livre.

Ne pas espérer qu'un grand oeuvre soit contemplé, qu'un livre soit
lu, comme ils ont été faits.

Si votre livre est écrit dans la solitude, l'étude et le
recueillement, je souhaite qu'il soit lu dans le recueillement,
l'étude et la solitude; mais soyez à peu près certain qu'il sera lu
à la promenade, au café, en calèche, entre les causeries, les
disputes, les verres, les jeux et les éclats de rire, ou pas du tout.

Et, s'il est original, Dieu vous puisse garder des pâles imitateurs,
troupe nuisible et innombrable de singes salissants et maladroits!

Et, après tout cela, vous aurez mis au jour quelque volume qui,
pareil à toutes les oeuvres des hommes, lesquelles n'ont jamais
exprimé qu'une question et un soupir, pourra se résumer infail-
liblement par les deux mots qui ne cesseront jamais d'exprimer
notre destinée de doute et de douleur:

POURQUOI? et HÉLAS!




CHAPITRE XLI

EFFETS DE LA CONSULTATION


Stello crut un moment avoir entendu la sagesse même.--Quelle folie!
--Il lui semblait que le cauchemar s'était enfui; il courut
involontairement à la fenêtre pour voir briller son étoile, à
laquelle il croyait. Il jeta un grand cri.

Le jour était venu. L'aube pâle et humide avait chassé du ciel
toutes les étoiles; il n'y en avait plus qu'une qui s'évanouissait
à l'horizon. Avec ses lueurs sacrées, Stello sentit s'enfuir ses
pensées. Les bruits odieux du jour commençaient à se faire entendre.

Il suivit des yeux le dernier des beaux yeux de la nuit, et,
lorsqu'il se fut entièrement fermé, Stello pâlit, tomba, et le
Docteur-Noir le laissa plongé dans un sommeil pesant et douloureux.




CHAPITRE XLII

FIN


Telle fut la première consultation du Docteur-Noir.

Stello suivra-t-il l'ordonnance? Je ne le sais pas.

Quel est ce Stello? quel est ce Docteur-Noir?

Je ne le sais guère.

Stello ne ressemble-t-il pas à quelque chose comme le sentiment? Le
Docteur-Noir à quelque chose comme le raisonnement?

Ce que je crois, c'est que si mon coeur et ma tête avaient, entre
eux, agité la même question, ils ne se seraient pas autrement parlé.



Écrit à Paris, janvier 1832.






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