A B C D E F G H I J K L M N O P R S T U V W X Z

Thermidor

E >> Ernest Hamel >> Thermidor

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[Note 356: «Ce trait sublime: _Je ne parle pas de leurs
armées_, est de la hauteur de _Nicomède_ et de Corneille,» a
écrit Charles Nodier. _Souvenirs de la Révolution_, t. 1er, p. 294
de l'édit. Charpentier.]

[Note 357: Discours du 8 thermidor, p. 15 et 16.]

Ce fut, j'imagine, pour s'excuser aux yeux de la postérité d'avoir
lâchement abandonné Robespierre, et aussi pour se parer d'un vernis de
stoïcisme républicain, que ses collègues du comité prétendirent, après
coup, l'avoir sacrifié parce qu'il aspirait à la dictature. Ce qui les
fâchait, au contraire, c'était d'avoir en lui un censeur incommode, se
plaignant toujours des excès de pouvoir. Les conclusions de son discours
du 8 thermidor ne tendaient-elles pas surtout à faire cesser
l'arbitraire dans les comités? Constituez, disait-il à l'Assemblée,
«constituez l'unité du gouvernement sous l'autorité suprême de la
Convention nationale, qui est le centre et le juge, et écrasez ainsi
toutes les factions du poids de l'autorité nationale, pour élever sur
leurs ruines la puissance de la justice et de la liberté[358]...»

[Note 358: _Ibid._, p. 43.]

Et de quoi se plaignait Saint-Just dans son discours du 9? Précisément
de ce qu'au comité de Salut public les délibérations avaient été livrées
à quelques hommes «ayant le même pouvoir et la même influence que le
comité même», et de ce que le gouvernement s'était trouvé «abandonné à
un petit nombre qui, jouissant d'un absolu pouvoir, accusa les autres
d'y prétendre pour le conserver[359]». Les véritables dictateurs étaient
donc Billaud-Varenne, Collot-d'Herbois, Barère, Carnot, C.-A. Prieur et
Robert Lindet, nullement Robespierre, qui avait, en quelque sorte,
résigné sa part d'autorité, ni Couthon, presque toujours retenu chez lui
par la maladie, ni Saint-Just, presque toujours aux armées, qu'on
laissait à l'écart et paisible, «comme un citoyen sans prétention»[360].

[Note 359: Discours de Saint-Just dans la séance du 9 thermidor.]

[Note 360: Discours de Saint-Just dans la séance du 9
thermidor.--Nous avons dit qu'il n'existait presque point d'arrêtés
portant les seules signatures de Robespierre, de Couthon et de
Saint-Just. En voici un pourtant du 30 messidor: «Le comité de Salut
public arrête que les citoyens Fijon et Bassanger, patriotes liégeois,
seront mis sur le champ en liberté ... Couthon, Robespierre,
Saint-Just.» _Archives_, F 7, 4437. Eh bien! après Thermidor, il se
trouvera des gens pour accuser Robespierre d'être l'auteur des
persécutions dirigées contre certains patriotes liégeois.]

C'est donc le comble de l'absurdité et de l'impudence d'avoir présenté
ce dernier comme ayant un jour réclamé pour Robespierre la ...
dictature. N'importe! comme Saint-Just était mort et ne pouvait
répondre, les membres des anciens comités commencèrent par insinuer
qu'il avait proposé aux comités réunis de faire gouverner la France par
des _réputations patriotiques_, en attendant qu'il y eut des
institutions républicaines[361]! L'accusation était bien vague; tout
d'abord on n'osa pas aller plus loin; mais plus tard on prit des airs de
Brutus indigné. Dans des Mémoires où les erreurs les plus grossières se
heurtent de page en page aux mensonges les plus effrontés, Barère
prétend que, dans les premiers jours de messidor, Saint-Just proposa
formellement aux deux comités réunis de décerner la dictature à
Robespierre.--Dans les premiers jours de messidor, notons-le en passant,
Saint-Just n'était même pas à Paris; il n'y revint que dans la nuit du
10. Telle est, du reste, l'inadvertance de Barère dans ses mensonges,
qu'un peu plus loin il transporte la scène en thermidor, pour la
replacer ensuite en messidor[362]. Pendant l'allocution de Saint-Just,
Robespierre se serait promené autour de la salle, «gonflant ses joues,
soufflant avec saccades». Et il y a de braves[363] gens, sérieux,
honnêtes, qui acceptent bénévolement de pareilles inepties!

[Note 361: _Réponse des membres des deux anciens comités aux
imputations de L. Lecointre_, p. 16.]

[Note 362: Mémoires de Barère, t. II, p. 213, 216 et 232. Voy. au
surplus, à ce sujet, notre _Histoire de Saint-Just_.]

[Note 363: C'est M.H. Carnot qui, dans ses _Mémoires_ sur son
père, raconte ce fait comme l'ayant trouvé dans une note «_évidemment
émanée d'un témoin oculaire_» qu'il ne nomme pas (t. 1er, p. 530).]

Pour renfoncer son assertion, Barère s'appuie d'une lettre adressée à
Robespierre par un Anglais nommé Benjamin Vaughan, résidant à Genève,
lettre dans laquelle on soumet à Maximilien l'idée d'un protectorat de
la France sur les provinces hollandaises et rhénanes confédérées, ce
qui, suivant l'auteur du projet, aurait donné à la République huit ou
neuf millions d'alliés[364]; d'où Barère conclut que Robespierre était
en relations avec le gouvernement anglais, et qu'il aspirait à la
dictature, «demandée en sa présence par Saint-Just»[365]. En vérité, on
n'a pas plus de logique! La dictature était aussi loin de la pensée de
Saint-Just que de celle de Robespierre. Dans son discours du 9
thermidor, le premier disait en propres termes: «Je déclare qu'on a
tenté de mécontenter et d'aigrir les esprits pour les conduire à des
démarches funestes, et l'on n'a point espéré de moi, sans doute, que je
prêterais mes mains pures à l'iniquité. Ne croyez pas au moins qu'il ait
pu sortir de mon coeur l'idée de flatter un homme! Je le défends parce
qu'il m'a paru irréprochable, et je l'accuserais lui-même s'il devenait
criminel»[366].--Criminel, c'est-à-dire s'il eut aspiré à la dictature.

[Note 364: Voy. cette lettre de l'Anglais Vaughan, dans les Mémoires
de Barère (t. II, p. 227). Robespierre n'en eut même pas connaissance,
car, d'après Barère, elle arriva et fut décachetée au comité de Salut
public dans la journée du 9 thermidor.]

[Note 365: Mémoires de Barère, t. II, p. 232. Il faudrait tout un
volume pour relever les inconséquences de Barère.]

[Note 366: Discours de Saint-Just dans la séance du 9 thermidor.
Saint-Just, comme on sait, ne put prononcer que les premières paroles de
son discours.]

Enfin--raison décisive et qui coupe court au débat--comment! Saint-Just
aurait proposé en pleine séance du comité de Salut public d'armer
Robespierre du pouvoir dictatorial, et aucun de ceux qu'il accusait
précisément d'avoir exercé l'autorité à l'exclusion de Maximilien ne se
serait levé pour retourner contre lui l'accusation! Personne n'eût songé
à s'emparer de cet argument si favorable aux projets des conjurés et
bien de nature à exaspérer contre celui qu'on voulait abattre les
républicains les plus désintéressés dans la lutte! Cela est
inadmissible, n'est-ce pas? Eh bien! pas une voix accusatrice ne se fit
entendre à cet égard. Et quand on voit aujourd'hui des gens se prévaloir
d'une assertion maladroite de Barère, assertion dont on ne trouve aucune
trace dans les discours prononcés ou les écrits publiés à l'époque même
par ce membre du comité de Salut public, on se prend involontairement à
douter de leur bonne foi. Robespierre garda jusqu'à sa dernière heure
trop de respect à la Convention nationale pour avoir jamais pensé à
détourner à son profit une part de l'autorité souveraine de la grande
Assemblée, et nous avons dit tout à l'heure avec quelle instance
singulière il demanda que le comité de Salut public fût, en tout état de
cause, subordonné à la Convention nationale.

Comme Billaud-Varenne, dont il était si loin d'avoir les convictions
sincères et farouches, Barère eut son heure de remords. Un jour, sur le
soir de sa vie, peu de temps après sa rentrée en France, retenu au lit
par un asthme violent, il reçut la visite de l'illustre sculpteur David
(d'Angers). Il s'entretint longtemps de Robespierre avec l'artiste
démocrate.

Après avoir parlé du désintéressement de son ancien collègue et de ses
aspirations à la dictature--deux termes essentiellement
contradictoires--il ajouta: «Depuis, j'ai réfléchi sur cet homme; j'ai
vu que son idée dominante était l'établissement du gouvernement
républicain, qu'il poursuivait, en effet, des hommes dont l'opposition
entravait les rouages de ce gouvernement.... Nous n'avons pas compris
cet homme ... il avait le tempérament des grands hommes, et la postérité
lui accordera ce titre.» Et comme David confiait au vieux Conventionnel
son projet de sculpter les traits des personnages les plus éminents de
la Révolution et prononçait le nom de Danton:--«N'oubliez pas
Robespierre!» s'écria Barère en se levant avec vivacité sur son séant,
et, en appuyant sa parole d'un geste impératif: «c'était un homme pur,
intègre, un vrai républicain. Ce qui l'a perdu, c'est sa vanité, son
irascible susceptibilité et son injuste défiance envers ses
collègues.... Ce fut un grand malheur!...» Puis, ajoutent ses
biographes, «sa tête retomba sur sa poitrine, et il demeura longtemps
enseveli dans ses réflexions» [367]. Ainsi, dans cet épanchement
suprême, Barère reprochait à Maximilien ... quoi? ... sa vanité, sa
susceptibilité, sa défiance. Il fallait bien qu'il colorât de l'ombre
d'un prétexte sa participation trop active au guet-apens de Thermidor.
Etonnez-vous donc qu'en ce moment des visions sanglantes aient traversé
l'esprit du moribond, et qu'il soit resté comme anéanti sous le poids du
remords!

[Note 367: _Mémoires de Barère_. Notice historique par MM.
Carnot et David (d'Angers), t. 1er, p. 118, 119.--David (d'Angers) a
accompli le voeu de Barère. Qui ne connaît ses beaux médaillons de
Robespierre?]




VI


Cependant les Thermidoriens continuaient dans l'ombre leurs manoeuvres
odieuses. Présenter Robespierre, aux uns comme l'auteur des persécutions
indistinctement prodiguées, aux autres comme un modéré, décidé à arrêter
le cours terrible de la Révolution, telle fut leur tactique. On ne saura
jamais ce qu'ils ont répandu d'assignats pour corrompre l'esprit public
et se faire des créatures. Leurs émissaires salariaient grassement des
perturbateurs, puis s'en allaient de tous côtés, disant: «Toute cette
canaille-là est payée par ce coquin de Robespierre». Et, ajoute l'auteur
de la note où nous puisons ces renseignements, «voilà Robespierre qui a
des ennemis bien gratuitement, et le nombre des mécontents bien
augmenté»[368].

[Note 368: Pièce anonyme trouvée dans les papiers de Robespierre, et
non insérée par Courtois. Elle faisait partie de la collection Beuchot
(4 p. in-4°), et elle a été publiée dans l'_Histoire parlementaire_,
t. XXXIII, p. 360.]

Mais c'était surtout comme contre-révolutionnaire qu'on essayait de le
déconsidérer aux yeux des masses. Comment, en effet, aurait-on pu le
transformer alors en agent de la Terreur, quand on entendait un de ses
plus chers amis, Couthon, dénoncer aux Jacobins les persécutions
exercées par l'espion Senar, ce misérable agent du comité de Sûreté
générale, et se plaindre, en termes indignés, du système affreux mis en
pratique par certains hommes pour tuer la liberté par le crime. Les
fripons ainsi désignés--quatre à cinq scélérats, selon Couthon--
prétendaient qu'en les attaquant on voulait entamer la représentation
nationale. «Personne plus que nous ne respecte et n'honore la
Convention», s'écriait Couthon. «Nous sommes tous disposés à verser
mille fois tout notre sang pour elle. Nous honorons par-dessus
tout la justice et la vertu, et je déclare, pour mon compte, qu'il n'est
aucune puissance humaine qui puisse m'imposer silence toutes les fois
que je verrai la justice outragée[369].»

[Note 369: Séance des Jacobins du 3 thermidor, _Moniteur_ du 9
Thermidor (27 juillet 1794).]

Robespierre jeune, de son côté, avec non moins de véhémence et
d'indignation, signalait «un système universel d'oppression». Il fallait
du courage pour dire la vérité, ajoutait-il. «Tout est confondu par la
calomnie; on espère faire suspecter tous les amis de la liberté; on a
l'impudeur de dire dans le département du Pas-de-Calais, qui méritait
d'être plus tranquille, que je suis en arrestation comme modéré. Eh
bien! oui, je suis modéré, si l'on entend par ce mot un citoyen qui ne
se contente pas de la proclamation des principes de la morale et de la
justice, mais qui veut leur application; si l'on entend un homme qui
sauve l'innocence opprimée aux dépens de sa réputation. Oui, je suis un
modéré en ce sens; je l'étais encore lorsque j'ai déclaré que le
gouvernement révolutionnaire devait être comme la foudre, qu'il devait
en un instant écraser tous les conspirateurs; mais qu'il fallait prendre
garde que cette institution terrible ne devînt un instrument de
contre-révolution par la malveillance qui voudrait en abuser, et qui en
abuserait au point que tous les citoyens s'en croiraient menacés,
extrémité cruelle qui ne manquerait pas de réduire au silence tous les
amis de la liberté[370]....» Voilà bien les sentiments si souvent
exprimés déjà par Maximilien Robespierre, et que nous allons lui
entendre développer tout à l'heure, avec une énergie nouvelle, à la
tribune de la Convention.

[Note 370: Séance des Jacobins du 3 thermidor, _ubi suprà_.]

Robespierre pouvait donc compter, c'était à croire du moins, sur la
partie modérée de l'Assemblée, je veux dire sur cette partie incertaine
et flottante formant l'appoint de la majorité, tantôt girondine et
tantôt montagnarde, sur ce côté droit dont il avait arraché
soixante-treize membres à l'échafaud. Peu de temps avant la catastrophe
on entendit le vieux Vadier s'écrier, un jour où les ménagements de
Robespierre pour la droite semblaient lui inspirer quelques craintes:
«Si cela continue, je _lui_ ferai guillotiner cent crapauds de son
marais»[371]. Cependant les conjurés sentirent la nécessité de se
concilier les membres de la Convention connus pour leur peu d'ardeur
républicaine; il n'est sorte de stratagèmes dont ils n'usèrent pour les
détacher de Maximilien.

[Note 371: Ce mot est rapporté par Courtois à la suite de la préface
de son rapport sur les événements du 9 thermidor, note XXXVIII, p. 39.
Courtois peut être cru ici, car c'est un complice révélant une parole
échappée à un complice.]

Dans la journée du 5 thermidor, Amar et Voulland se transportèrent, au
nom du comité de Sûreté générale, dont la plupart des membres, avons
nous dit, étaient de la conjuration, à la prison des Madelonnettes, où
avaient été transférés une partie des soixante-treize Girondins; et là,
avec une horrible hypocrisie, ils témoignèrent à leurs collègues détenus
le plus affectueux intérêt. Ces hommes qui, de si bon coeur, eussent
envoyé à la mort les auteurs de la protestation contre le 31 mai, que
Robespierre leur avait arrachés des mains, parurent attendris.
«Arrête-t-on votre correspondance?... Votre caractère est-il méconnu
ici? Le concierge s'est-il refusé à mettre sur le registre votre qualité
de députés? Parlez, parlez, nos chers collègues; le comité de Sûreté
nous envoie vers vous pour vous apporter la consolation et recevoir vos
plaintes....» Et sur les plaintes des prisonniers que leur caractère
était méconnu, qu'on les traitait comme les autres prisonniers, Amar
s'écria: «C'est un crime affreux», et il pleura, lui, le rédacteur du
rapport à la suite duquel les Girondins avaient été traduits devant le
tribunal révolutionnaire! Quelle dérision!

Les deux envoyés du comité de Sûreté générale enjoignirent aux
administrateurs de police d'avoir pour les détenus tous les égards dus
aux représentants du peuple, de laisser passer toutes les lettres qu'ils
écriraient, toutes celles qui leur seraient adressées, _sans les
ouvrir_. Ils donnèrent encore aux administrateurs l'ordre de choisir
pour les députés une maison commode avec un jardin. Alors tous les
représentants tendirent leurs mains qu'Amar et Voulland serrèrent
alternativement, et ceux-ci se retirèrent comblés des bénédictions des
détenus[372]. Le but des conjurés était atteint.

[Note 372: _Rapport fait à la police par Faro, administrateur de
police, sur l'entrevue qui a eu lieu entre les représentants du peuple
Amar et Voulland, envoyés par le comité de Sûreté générale, et les
députés détenus aux Madelonnettes_. Ce rapport est de la main même de
l'agent national Payan, dans les papiers duquel il a été trouvé. Payan
ne fut pas dupe du faux attendrissement d'Amar et de Voulland; il sut
très bien démêler le stratagème des membres du comité de Sûreté
générale. (Voyez ce rapport à la suite du rapport de Courtois, sous le
numéro XXXII, p. 150.) Il a été reproduit dans les _Papiers
inédits_, t. II, p. 367.]

Ainsi se trouvait préparée l'alliance thermido-girondine. Les Girondins
détenus allaient pouvoir écrire librement à leurs amis de la droite, et
sans doute ils ne manqueraient pas de leur faire part de la sollicitude
avec laquelle ils avaient été traités par le comité de Sûreté générale.
Or, ce n'était un mystère pour personne qu'à l'exception de trois ou
quatre de ses membres, ce comité, instrument sinistre de la Terreur,
était entièrement hostile à Robespierre. D'où la conclusion toute
naturelle que Robespierre était le persécuteur, puisque ses ennemis
prenaient un si tendre intérêt aux persécutés. Quels maîtres fourbes que
ces héros de Thermidor!




VII


Toutefois les députés de la droite hésitèrent longtemps avant de se
rendre, car ils craignaient d'être dupes des manoeuvres de la
conspiration. Ils savaient bien que du côté de Robespierre étaient le
bon sens, la vertu, la justice; que ses adversaires étaient les plus
vils et les plus méprisables des hommes; mais ils savaient aussi fort
bien que son triomphe assurait celui de la démocratie, la victoire
définitive de la République, et cette certitude fut la seule cause qui
fit épouser aux futurs comtes Sieyès, Boissy-d'Anglas, Dubois-Dubais,
Thibaudeau et autres la querelle des Rovère, des Fouché, des Tallien,
des Bourdon et de leurs pareils.

Par trois fois ceux-ci durent revenir à la charge, avoue
Durand-Maillane[373], tant la conscience, chez ces députés de la droite,
balançait encore l'esprit de parti. Comment, en effet, eussent-ils
consenti à sacrifier légèrement, sans résistance, celui qui les avait
constamment protégés[374], celui qu'ils regardaient comme le défenseur
du faible et de l'homme trompé[375]? Mais l'esprit de parti fut le plus
fort. Il y eut, dit-on, chez Boissy-d'Anglas des conférences où, dans le
désir d'en finir plus vite avec la République, la majorité se décida,
non sans combat, à livrer la tête du Juste, de celui que le maître du
logis venait de surnommer hautement et publiquement l'Orphée de la
France[376]. Et voilà comment des gens relativement honnêtes conclurent
un pacte odieux avec des coquins qu'ils méprisaient.

[Note 373: _Mémoires de Durand-Maillane_, p. 199.]

[Note 374: _Ibid._]

[Note 375: Lettre de Durand-Maillane, citée _in-extenso_ dans
son second volume. «Il n'était pas possible de voir plus longtemps
tomber soixante, quatre-vingts têtes par jour sans horreur....» dit
Durand-Maillane dans ses mémoires, qui sont, comme nous l'avons dit
déjà, un mélange étonnant de lâcheté et de fourberie. Singulier moyen de
mettre fin à cette boucherie que de s'allier avec ceux qui en étaient
les auteurs contre celui qu'on savait décidé à les poursuivre _pour
arrêter l'effusion du sang versé par le crime_.]

[Note 376: A l'égard de ces conférences chez Boissy-d'Anglas, je
n'ai rien trouvé de certain. Je ne les mentionne que d'après un bruit
fort accrédité. Ce fut, du reste, à Boissy-d'Anglas particulièrement, à
Champeaux-Duplasne et à Durand-Maillane que s'adressèrent les conjurés.
(_Mémoires de Durand-Maillane_, p. 199.)]

Outre l'élément royaliste, il y avait dans la _Plaine_, cette
pépinière des serviteurs et des grands seigneurs de l'Empire, une masse
variable, composée d'individus craintifs et sans convictions, toujours
prêts à se ranger du côté des vainqueurs. Un mot attribué à l'un d'eux
les peint tout entiers.

«Pouvez-vous nous répondre du _ventre_»? demanda un jour
Billaud-Varenne à ce personnage de la _Plaine_. «Oui», répondit
celui-ci, «si vous êtes les plus forts». Abattre Robespierre ne
paraissait pas chose aisée, tant la vertu exerce sur les hommes un
légitime prestige.

Lui, pourtant, en face de la coalition menaçante, restait volontairement
désarmé. Dépouillé de toute influence gouvernementale, il ne songea même
pas à tenter une démarche auprès des députés du centre, qui peut-être se
fussent unis à lui s'il eût fait le moindre pas vers eux. Tandis que
l'orage s'amoncelait, il vivait plus retiré que jamais, laissant à ses
amis le soin de signaler aux Jacobins les trames ourdies dans l'ombre,
car les avertissements ne lui manquaient pas. Je ne parle pas des
lettres anonymes auxquelles certains écrivains ont accordé une
importance ridicule. Il y avait alors, ai-je dit déjà, une véritable
fabrication de ces sortes de productions, monuments honteux de la
bassesse et de la lâcheté humaines.

J'en ai là, sous les yeux, un certain nombre adressées à Hanriot, à
Hérault-Séchelles, à Danton. «Te voila donc, f.... coquin, président
d'une horde de scélérats», écrivait-on à ce dernier; «j'ose me flatter
que plus tôt que tu ne penses je te verrai écarteler avec
Robespierre.... Vous avez à vos trousses cent cinquante _Brutuse_
ou _Charlotte Cordé_[377]». Toutes ces lettres se valent pour le
fond comme pour la forme. A Maximilien, on écrivait, tantôt:
«Robespierre, Robespierre! Ah! Robespierre, je le vois, tu tends à la
dictature, et tu veux tuer la liberté que tu as créée.... Malheureux, tu
as vendu ta patrie! Tu déclames avec tant de force contre les tyrans
coalisés contre nous, et tu veux nous livrer à eux.... Ah! scélérat,
oui, tu périras, et tu périras des mains desquelles tu n'attends guère
le coup qu'elles te préparent[378]....» Tantôt: «Tu es encore....
Ecoute, lis l'arrêt de ton châtiment. J'ai attendu, j'attends encore que
le peuple affamé sonne l'heure de ton trépas.... Si mon espoir était
vain, s'il était différé, écoute, lis, te dis-je: cette main qui trace
ta sentence, cette main que tes yeux égarés cherchent à découvrir, cette
main qui presse la tienne avec horreur, percera ton coeur inhumain. Tous
les jours je suis avec toi, je te vois tous les jours, à toute heure mon
bras levé cherche ta poitrine.... O le plus scélérat des hommes, vis
encore quelques jours pour penser à moi; que mon souvenir et ta frayeur
soient le premier appareil de ton supplice. Adieu! ce jour même, en te
regardant, je vais jouir de ta terreur[379].» A coup sûr, le misérable
auteur de ces lignes grotesques connaissait bien mal Robespierre, un des
hommes qui aient possédé au plus haut degré le courage civil, cette
vertu si précieuse et si rare. Croirait-on qu'il s'est rencontré des
écrivains d'assez de bêtise ou de mauvaise foi pour voir dans les
lettres dont nous venons d'offrir un échantillon des caractères
_tracés par des mains courageuses_, des traits aigus lancés par
_le courage et la vertu_[380]. C'est à n'y pas croire!

[Note 377: Les originaux de ces lettres sont aux _Archives_, F
7, 4434.]

[Note 378: Cette lettre, dont l'original est aux _Archives_, F
7, 4436, liasse R, figure à la suite du rapport de Courtois, sous le
numéro LVIII; elle a été reproduite dans les _Papiers inédits_, t.
II, p. 151.]

[Note 379: Cette autre lettre, dont l'original est également aux
_Archives_ (_ubi suprà_), est d'une orthographe qu'il nous a
été impossible de conserver. On la trouve _arrangée_ à la suite du
rapport de Courtois, sous le numéro LX, et dans les _Papiers
inédits_, t. II, p. 155.]

[Note 380: Ce sont les propres expressions dont s'est servi le
rédacteur du rapport de Courtois, p. 51 et 52.]

De ces lettres anonymes, Robespierre faisait le cas qu'un honnête homme
fait ordinairement de pareilles pièces, il les méprisait. Quelquefois,
pour donner à ses concitoyens une idée de l'ineptie et de la méchanceté
de certains ennemis de la Révolution, il en donnait lecture soit aux
Jacobins, soit à ses collègues du comité de Salut public, mais il n'y
prenait pas autrement garde. Seulement d'autres avertissements plus
sérieux ne lui manquèrent pas. Nous avons mentionné plus haut une pièce
dans laquelle un ami inconnu lui rendait compte des menées de la
conjuration. Dans la journée du 5 thermidor, le rédacteur de
l'_Orateur du peuple_, Labenette, un des plus anciens collaborateurs
de Fréron, lui écrivant pour réclamer un service, ajoutait: «Qui sait?
Peut-être que je t'apprendrai ce que tu ne sais pas». Et il terminait
sa lettre en prévenant Maximilien qu'il irait le voir le lendemain pour
savoir l'heure et le moment où il pourrait lui ouvrir son coeur[381].
Celui-là devait être bien informé. Vit-il Robespierre, et déroula-t-il
devant lui tout le plan de la conjuration? C'est probable. Ce qu'il y a
de certain, c'est que Maximilien, comme on peut s'en convaincre par son
discours du 8 thermidor, connaissait jusque dans leurs moindres détails
les manoeuvres de ses ennemis.

[Note 381: Cette lettre figure à la suite du rapport de Courtois,
sous le numéro XVI, p. 113. Courtois n'a donné que l'initiale du nom de
Labenette. Nous l'avons rétabli d'après l'original de la lettre, qu'on
peut voir aux _Archives_.]

S'il eût été doué du moindre esprit d'intrigue, comme il lui eût été
facile de déjouer toutes les machinations thermidoriennes, comme
aisément il se fût rendu d'avance maître de la situation! Mais non, il
sembla se complaire dans une complète inaction. Loin de prendre la
précaution de sonder les intentions de ses collègues de la droite, il
n'eut même pas l'idée de s'entendre avec ceux dont le concours lui était
assuré! La grande majorité des sections parisiennes, la société des
Jacobins presque tout entière, la commune lui étaient dévouées; il ne
songea point à tirer parti de tant d'éléments de force et de succès. Les
inventeurs _de la conspiration de Robespierre_ ont eu beau
s'ingénier, ils n'ont pu prouver un lambeau de papier indiquant qu'il y
ait eu la moindre intelligence et le moindre concert entre Maximilien et
le maire de Paris Fleuriot-Lescot, par exemple, ou l'agent national
Payan[382]. Si ces deux hauts fonctionnaires, sur le compte desquels la
réaction, malgré sa science dans l'art de la calomnie, n'est parvenue à
mettre ni une action basse ni une lâcheté, ont, dans la journée du 9
thermidor, pris parti pour Robespierre, ç'a été tout spontanément et
emportés par l'esprit de justice. En revanche on a été beaucoup plus
fertile en inventions sur le compte d'Hanriot, le célèbre général de la
garde nationale parisienne[383].

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Oklahoma City to be Site of NAHJ Region 5 Conference
A little more than a year after forming, the Oklahoma City Chapter of the National Association of Hispanic Journalists will be the host for the 2007 Region 5 Conference, March 30 - 31.

Support Teen Literature Day planned for April 19
The Young Adult Library Services Association (YALSA), the fastest growing division of the American Library Association (ALA), is celebrating its first ever Support Teen Literature Day on April 19, as part of ALA's National Library Week celebration.