Poesies du troubadour Peire Raimon de Toulouse
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JOSEPH ANGLADE
PROFESSEUR DE LANGUE ET DE LITTÉRATURE MÉRIDIONALES
A L'UNIVERSITÉ DE TOULOUSE
POÉSIES
DU TROUBADOUR
PEIRE RAIMON DE TOULOUSE
TEXTE ET TRADUCTION
(Extrait des _Annales du Midi_, 1919-1920.)
_Tiré à cent vingt-cinq exemplaires
dont dix sur papier de Hollande._
JOSEPH ANGLADE
POÉSIES
DU TROUBADOUR
PEIRE RAIMON DE TOULOUSE
J'avais commencé, en 1916, la publication des poésies de Peire Raimon
de Toulouse dans la revue l'_Auta_, organe de la _Société des
Toulousains de Toulouse_. Malgré la bonne volonté de la Société
et de son président, les circonstances ne se prêtèrent pas à la
continuation de ce travail. Je l'arrêtai donc, après avoir publié
quatre pièces[1]. Cette édition était destinée à des lecteurs non
initiés, en général, à la philologie romane, mais connaissant leur
langue maternelle. Il nous faudrait bien décider, en attendant des
éditions critiques qui ne paraissent qu'à de longs intervalles et qui
ne paraissent pas toutes en France, à avoir des éditions provisoires
de nos troubadours, dont le texte serait emprunté à quelques bons
manuscrits. Nos troubadours--et je dis _nos_ à dessein--ne
sont pas faits exclusivement pour servir de thème à des exercices
philologiques. Ce sont des poètes, facilement abordables, et dont la
poésie n'est pas tout à fait éteinte, malgré les ans. Nous ne savons
quand tous nos troubadours, même quelques-uns des plus grands, seront
édités d'une manière critique. Faut-il se résigner jusque-là à
les lire dans les recueils introuvables--et d'un si joli
aspect typographique!--de Mahn ou dans le recueil, plus beau
typographiquement, mais aussi rare, de Raynouard? Nous ne le croyons
pas. Une _Bibliothèque Romane_, où seraient publiés les vingt ou
trente troubadours les plus marquants, serait la bienvenue[2]. Elle
n'empêcherait pas la préparation des éditions critiques, qui arrivent
à leur heure, et elle procurerait de belles joies aux amoureux de
notre poésie. Notre édition n'a pas d'autre ambition. Nous pensons
qu'elle rendra des services à nos études; et on ne sera plus obligé,
en ce qui concerne Peire Raimon, d'aller chercher les _membra
disjecta poetae_, et d'un bon poète, dans les recueils les plus
disparates et les plus rares.
Notes:
[1] Elles ont paru dans les numéros suivants de l'_Auta_: mars
1916; juillet 1916; janvier 1917; juin 1917. Avec tirage à part. Par
suite d'une erreur qui n'est pas imputable à l'imprimeur, le titre du
tirage à part portait: Peire _Guilhem_ de Tolosa; un papillon a
rectifié sur la plupart des exemplaires cette erreur. Quatre
autres pièces ont été publiées dans le _Bulletin de la Société
Archéologique du Midi de la France_, nouv. série, no. 45 (Toulouse,
1919); il a été fait de cet article un tirage à part à un très petit
nombre d'exemplaires, dans notre publication intitulée: _A propos
des troubadours toulousains_, Toulouse, 1917.
[2] Le fondateur de la _Bibliothèque Méridionale_, M. Antoine
Thomas, écrivait, en 1888, dans la préface de son édition de Bertran
de Born: «Nous nous proposons de faire pour les principaux troubadours
ce que nous venons de faire pour Bertran de Born.» Idée et programme
excellents, qui pourraient être repris.
BIOGRAPHIE.
La biographie suivante de Peire Raimon nous a été conservée par cinq
manuscrits.[3] «Peire Raimonz de Tolosa lo vielz si fo fillz d'un
borzes, e fetz se joglars, et anet s'en en la cort del rei N'Anfos
d'Aragon; e·l reis l'acuilhic e·il fetz grant honor. Et el era savis
hom e sotils, e saup molt ben chantar et trobar, e fetz de bons vers
e de bonas chansos e de bons mots; e estet en la cort del rei, e del
bon comte Raimon de Tolosa, lo sieu seignor, et en la cort d'En
Guilhem de Monpeslier, longa sazon. Pois tolc moiller a Pamias, et
lai definet.»
«Peire Raimon de Toulouse, le Vieux, était fils d'un bourgeois. Il
se fit jongleur et s'en alla à la cour du roi Alfonse d'Aragon
(1162-1196); et le roi l'accueillit et lui fit grand honneur. Il était
savant (en poésie) et subtil; il savait bien chanter et bien trouver,
et il fit de bons vers, de bonnes chansons et de bonnes compositions;
et il resta à la cour du roi et du bon comte de Toulouse, son
seigneur, et à la cour du seigneur Guilhem de Montpellier, longtemps.
Puis il prit femme à Pamiers, et c'est là qu'il mourut.»
Sur les cinq manuscrits, deux (_A_ et _B_) remplacent la
mention de la cour du «seigneur de Montpellier» par celle de «de
Saint-Leidier»; le fait n'aurait rien d'invraisemblable, le troubadour
Guilhem de Saint-Leidier ayant été en même temps un grand seigneur qui
pouvait avoir une «cour»; cependant, nous croyons que cette mention de
_cour_ fait plutôt penser à Guilhem de Montpellier,[4] à la cour
duquel nous savons que plusieurs troubadours furent accueillis avec
faveur.[5]
Le roi d'Aragon est le roi Alfonse II, mort en 1196, père de Pierre
II. Quant au seigneur de Toulouse, il s'agit vraisemblablement de
Raimon VI (1194-1222).
On remarquera le détail qui nous est donné sur le mariage[6] de Peire
Raimon. Quelque défiance qu'on ait, à bon droit, pour les biographies
des troubadours, il ne semble pas qu'on puisse mettre en doute la
valeur de ce renseignement. On remarquera de plus qu'il n'est fait
aucun allusion, dans la biographie, au séjour de Peire Raimon en
Italie; ce silence est surprenant, si les biographies sont dues à un
troubadour qui séjournait en Italie, ou même à un Italien; mais il est
vraisemblable qu'une partie des biographies a été composée dans le
Midi de la France, assez loin de l'Italie; celle-ci nous paraît être
du nombre.
Si la biographie mérite quelque créance, c'est en Aragon que se
serait passée la première partie de la vie de Peire Raimon; quelques
allusions à ce séjour se retrouvent dans son oeuvre. Un roi d'Aragon
est cité, IV, str. 6 et VIII, str. 6; une allusion à un amour dont
l'objet est à Barcelone se trouve ch. X, str. 7. Ces chansons
paraissent d'ailleurs avoir été composées en dehors de l'Aragon, à
moins que la formule d'envoi ne soit, comme il arrive souvent, une
fiction du poète.
En ce qui concerne Toulouse, Peire Raimon a écrit quelques chansons
en l'honneur d'une noble dame qui y habitait. Les deux chansons
sur l'amour médecin paraissent être du nombre (ch. II et VI). La
_Comtessa_, qui est citée dans cette dernière, ne peut guère être
que la comtesse de Toulouse, mais laquelle?
Nous pensons que le «bon seigneur Raimon» est le comte Raimon VI
(1194-1222). La comtesse pourrait être «Éléonore», soeur du roi
d'Aragon Pierre II, la dernière des cinq épouses du comte Raimon VI;
le contrat qui l'unissait au comte de Toulouse fut fait en 1200, mais,
à cause de la jeunesse de la princesse, le mariage n'eut lieu que
trois ou quatre ans plus tard (_Hist. Gén. Lang_., VI, 190).[7]
Ceci nous mènerait, en ce qui concerne Peire Raimon, en 1204 environ.
Trois manuscrits de la biographie[8] sur cinq, donnent à Peire Raimon
le surnom de «lo Vieil», le Vieux; ce qui laisserait supposer qu'il y
a eu un troubadour du même nom, mais plus jeune. Chabaneau est disposé
a l'admettre, en faisant remarquer que l'hypothèse de deux troubadours
expliquerait mieux une partie de l'oeuvre de Peire Raimon[9].M. Bertoni
après avoir été d'abord de cet avis, est aujourd'hui d'une opinion
contraire[10] et nous partageons sa manière de voir. L'hypothèse de
deux troubadours de la même famille n'a rien d'impossible; nous en
avons deux de la famille de Saint-Didier, l'aïeul, Guilhem, et le
petit-fils Gauseran; et nous avons deux Bertran de Born, le père et
le fils. Mais, en ce qui concerne Peire Raimon, l'epithete de _vieil_
ne suffit pas pour lui attribuer un fils ou tout autre parent, poète
comme lui. Nous expliquerons plutôt cette désignation en disant que
pour l'auteur de la biographie, qui peut-être écrivait assez tard après
la mort de Peire Raimon, ce troubadour lui paraissait appartenir à
l'ancienne génération.
Nostredame appelle Peire Raimon _Lou Proux_, le Preux[11]; ce mot
se trouve à la suite du nom du troubadour dans le ms. _f_.
Les renseignements que donne Nostredame sur Peire Raimon sont un
mélange de vérités et de mensonges. Ainsi: «Plusieurs belles chansons»
de Peire Raimon auraient été adressées à une noble dame de Toulouse
qui s'appelait _Jausserande del Puech_, nom inconnu dans
l'onomastique des troubadours, et d'autres auraient été composées en
l'honneur d'une «gentil femme» de Provence, de la maison de Codollet.
La seule donnée vraisemblable qui se trouve dans la biographie de
Nostredame, c'est la date de 1225, qui serait celle de la mort de
Peire Raimon. Quant à l'imitation que Pétrarque aurait faite de l'une
de ses poésies, dans son sonnet _Benedetto sia_ (Son. XLVII),
il s'agit d'une chanson attribuée par un manuscrit (P) à Giraut de
Borneil et par un autre (C) à Peire Vidal.
Le séjour de Peire Raimon à Montpellier doit se placer avant 1202,
date de la mort de Guilhem VIII (1177-1202); mais nous ne pouvons pas
préciser davantage.
La tenson de Peire Raimon avec Bertran de Gourdon doit se placer avant
l'année 1211, date à laquelle le seigneur de Gourdon fit hommage de
sa ville an roi Philippe-Auguste.[12] Il n'est pas probable que Peire
Raimon fût encore, à cette date-là, dans le Midi de la France, où la
Croisade était déchaînée depuis 1209. Cependant on pourrait admettre
que Peire Raimon, ayant quitté le comte de Toulouse à cette époque,
fut pendant quelque temps l'hôte de ce seigneur besogneux avec lequel
il tensonna.
PÉRIODE ITALIENNE.--La période «italienne» de la vie de Peire Raimon
nous paraît pouvoir être reportée à la fin de sa vie. On peut fixer
certaines dates de ses chansons aux environs des années 1218 et 1221.
Il est vraisemblable que notre troubadour quitta la France soit avant
la tourmente albigeoise, soit, par exemple, après la bataille de Muret
(1213). C'est dans la première période de son séjour en Italie que
nous placerions la composition de son _descort_: le «comte
vaillant de Savoie» auquel il est dédié ne peut être que Thomas 1er,
qui fut aussi chanté par Pistoleta.[13] Ce prince (1178-1233), nous dit
la _Généalogie des comtes de Savoie_, «était jeune et beau et
dansait et chantait mieux que nul autre».[14]
Peire Raimon fut ensuite en relations avec la cour d'Este, si on en
juge par l'envoi de la chanson _Totztemps auch dir_ (no. XVI de
notre édition). Béatrix d'Este, à qui est adressée cette chanson,
était née en 1191; elle était la fille d'Azzo VI d'Este. Un
chroniqueur du temps nous dit qu'elle était _mira pulcritudine
corporis et virtute multipliciter decorata_.[15] Après avoir passé
sa jeunesse, ajoute le chroniqueur, _in pompis et favoribus seculi,
in ornamentis et vanitatibus diversi generis, sicut mos est nobilium
et secularium feminarum_, elle prit le voile entre 1218 et 1220 et
mourut en 1226. Telle est la femme extrêmement belle et vertueuse que
chanta Peire Raimon et que chantèrent aussi Rambertino Buvalelli,
Aimeric de Pégulhan, Guilhem de la Tour et Falquet de Romans.[16] La
composition de Peire Raimon serait d'avant 1218.
C'est vers la même époque que Peire Raimon fut en relations avec un
autre prince italien protecteur des troubadours, Guilhem de Malaspina,
mort en 1220. La chanson _Pos vei parer la flor_ lui est adressée
et son nom se retrouve dans la chanson _Ara pus iverns_ (str.
IV). La chanson _Si com celuy_ est adressée à Conrad d'Auramala,
marquis de Malaspina, qui fut aussi chanté par Guilhem de la Tour;[17]
la pièce est, au plus tôt, de 1221, date où Conrad succède à Guilhem
de Malaspina; il est vraisemblable qu'elle n'est pas de beaucoup
postérieure à cette date.
C'est aux environs de 1221 (mais avant cette date) que nous ramène la
chanson[18] adressée par Peire Raimon au troubadour italien Rambertino
Buvalelli, originaire de Bologne, mort en 1221.
Les strophes, assez obscures, d'Uc de Saint-Cyr sur Peire Raimon ont
été sans doute écrites en Italie après 1220, date à laquelle Uc de
Saint-Cyr alla dans ce pays[19]. Je crois, avec les auteurs de
l'édition de ce troubadour, qu'il s'agit de notre poète. Je ne sais pas
d'ailleurs à quoi Uc de Saint-Cyr fait exactement allusion, dans ses
plaisanteries sur Peire Raimon; il est question de «racines» et de
«syllabes» que Peire Raimon se vante de savoir trouver mieux qu'aucun
autre troubadour. Quelques-unes de ses poésies sont écrites avec une
certaine recherche de la difficulté, dans les rimes ou dans les mots,
en particulier les pièces _Ara pus iverns_ et _Pos vezem_
[20]; mais je ne sais si tout cela est suffisant pour justifier les
plaisanteries d'Uc de Saint-Cyr et expliquer ses allusions; je croirais
plutôt que les unes et les autres s'adressent à des poésies perdues de
Peire Raimon, des pièces de circonstance, comme les deux pièces de son
critique. La seconde (XXIX) rappelle d'ailleurs par le ton et, en partie
par le mètre, la tenson de Peire Raimon et de Bertran de Gourdon.
Quand notre poète revint-il dans le Midi pour se marier à Pamiers?
C'est ce que nous ne savons pas. Nous connaissons les dates
approximatives de plusieurs des chansons écrites en Italie, mais il
n'est pas possible d'établir, même approximativement, de quelle date
sont ses premières compositions. Une date _ante quam_ nous est
fournie seulement par la mort d'Alfonse II d'Aragon, 1196; d'autre
part la date de 1221 (avènement de Conrad de Malaspina, mort de
Rambertino Buvalelli) nous paraît marquer à peu près la fin de
l'activité poétique de Peire Raimon en Italie.
Il est probable que ses premières poésies sont antérieures à 1196,
mais de combien? Nous n'avons aucun moyen de fixer ce point. Diez
donne comme dates de son activité poétique 1170-1200[21], mais ce
sont des dates erronées; Chabaneau[22] donne les mêmes dates, mais
en marquant, entre parenthèses, qu'il les emprunte à Diez. Il me
semble qu'en faisant remonter les premières compositions de Peire
Raimon aux environs de 1190 et en plaçant les dernières aux environs
de 1121-1222 nous ne serons pas trop éloignés de la vérité. Peire
Raimon aurait pu, entre cinquante et soixante ans, revenir dans le
Midi et prendre femme à Pamiers.
Peire Raimon emploie deux fois le _senhal_ d'_Ereubut_.
_Ereubut_ se trouve dans les chansons: _Enquera·m vai
recalivan_ et _Non puese suffrir_. D'après l'envoi de la
première, il semble que nous ayons affaire à un jongleur; mais,
d'après la seconde, il semble qu'il s'agisse d'une dame; dans
la première des deux chansons elle est chargée de présenter la
composition du poète à la «noble comtesse», qui pourrait être la
comtesse de Toulouse; dans la seconde pièce, c'est, au contraire, le
poète qui a reçu «des prières et une demande» de faire une chanson.
Nous ne savons si ce _senhal_ désigne une des épouses de Raimon
VI ou une de celles de Raimon V.
Bartsch attribue à Peire Raimon vingt compositions; mais celle qui
porte le numéro 2, dans sa liste, est une partie du numéro 9, et son
numéro 11 correspond à 330, 12, et appartient à Peire Bremon. Nous la
donnons en appendice.
Le ms. _a_ attribue à Peire Raimon la pièce _Mas camjat ai de
far chanso_ (qui est d'Elias de Barjols; Bartsch, 132, _8_).
Deux mss., _Sc_, lui attribuent la pièce _Ses alegratge_,
qui est de Guilhem Augier (Bartsch, 205, _5_).
Le ms. _N_ lui attribue la pièce unique de Jordan de l'Isla de
Venaissi (Bartsch, 276, _1_). De même _T_ lui attribue la
pièce unique de Peire Bremon lo Tort (Bartsch, 331, _1_).
Enfin le ms. _M_ lui attribue la célèbre chanson de R. de
Barbezieux, _Tuit demandon qu'es devengud' Amors_.
Nostredame attribue à notre troubadour la chanson _Non es savis ni
gaire ben apres_, qui est donnée à P. Vidal par le ms. _c_
et à Giraut de Borneil par le ms. _P_, ainsi qu'une chanson qui
aurait commencé ainsi:
_Amour, si ton poder es tal,
Ensins que cad'un ho razona_,
et qui paraît être de l'invention de Nostredame.[23]
Peire Raimon mérite une bonne place à côté des grands noms de la
poésie méridionale. Moins original que Peire Vidal, et moins varié, au
moins dans l'état actuel de son oeuvre, qu' Aimeric de Pégulhan, il
peut aller cependant de pair avec ses deux compatriotes. Il a, comme
la plupart des troubadours, le culte de la forme et il nous laisse
voir, à plusieurs reprises, quelle est sa conception de l'art
poétique; mais il ne tombe pas dans un excès ridicule et puéril, comme
d'autres troubadours. Il a de la grâce et de l'élégance, et plus d'une
fois laisse percer sa sensibilité. Ses descriptions du printemps,
quoique conventionnelles, sont fraîches et pittoresques. Son oeuvre
est, dans l'ensemble, remarquable par la finesse de la pensée et la
grâce du style. Et c'était un vrai poète celui qui savait si bien dire
comment le coeur des poètes se consume en chantant (_Atressi com
la candela_) et si bien exprimer comment naît la poésie, non des
aspects les plus variés de la nature, mais de la sincérité du coeur
(_S'ieu fos aventuratz_); par là il se rapproche de celui qui
reste pour nous le maître de la poésie méridionale, de Bernard de
Ventadour.[24]
Notes:
[3]_ABIKN_(2); Chabaneau, _Hist. Gén. Lang_., X, 271.
[4] Guilhem VIII, 1172-1202.
[5] Cf. Ch. Brun, _Les troubadours à la cour des seigneurs de
Montpellier_. (Extr. du _Félibrige latin_, Montpellier, 1893.)
[6] _N_(2): _tolc moiller a paruias_...
[7] Éléonore a été nommée par les troubadours suivants: Guilhem de
Berguedan, Raimon de Miraval, Cadenet, Gaubert de Puycibot, Elias de
Barjols, Arnaut Catalan, Aimeric de Belenoi, Aimeric de Pegulhan;
peut-être aussi est-ce Éléonore qui est désignée par _reina_ dans
la pièce de Guilhem de Baux, _Gr_., 209, 2. Cf. sur tout ceci: F.
Bergert, _Die von den Trobadors gefeierten Damen_, p. 26.
[8] _A B N_(2); les autres mss. contenant la biographie sont
_I_ et _K_, qui proviennent de la même source. La
biographie de N(2) est publiée dans _l'Archiv. f. d. Studium d. n.
Sprachen_, t. CII (1899), p. 204.
[9] «Il paraît difficile que toutes les pièces qui portent ce nom
aient été composées par la même personne.» _Hist. Gén. Lang_.,
X, 373, n. 2. La difficulté disparaît, en ne faisant pas commencer
trop tôt--et il n'y a aucune raison pour le faire--la carrière poétique
de Peire Raimon.
[10] _Trovatori d'Italia_, p. 14.
[11] _Vies_, éd. Chabaneau-Anglade, p. 48. Le ms. _D_, dans la
suscription de la chanson _Encara·m vai recalivan_, appelle Peire
Raimon _lo Gros_; Bertoni, _Trovatori d'Italia_, p. 14, n. 2.
[12] Chabaneau, _Hist. Gén. Lang_., X, 340.
[13] Dans sa chanson: _Mainta gen fatz meravilhar_.
[14] _Genealogia comitum Sabaudiae_, c. 66; cité par Bertoni,
_Trovatori d'Italia_, p. 8, n. 3.
[15] _Rerum ital. Script_., VIII, 720, in Bergert, _Die...
gefeierten Damen_, p. 81 sq.
[16] Bergert, _Die... gefeierten Damen_, p. 81 sq.
[17] Bertoni, _Trovatori d'Italia_, p. 13.
[18] _De fin' amor son tuit mei pensamen_, no. V de notre édition.
M. Bertoni a remarqué que le ms. _D_ (_D_(a)), d'origine
italienne, attribue deux pièces de Peire Raimon à R. Buvalelli (_Pos
vei parer; Us novels pensamens_). Il est probable que le manuscrit
primitif dont s'est servi l'auteur du chansonnier contenait des poésies
des deux troubadours; ce n'est pas le seul hasard qui les avait réunies.
[19] Ed. Jeanroy et De Grave, XXVII, XXIX; cf. pp. 161, 204.
[20] Jeanroy, De Grave, _Op. laud_., p. 204.
[21] Diez, _Leben und Werke_, p. 92.
[22] Chabaneau, _Hist. Gen. Lang_., X, 373.
[23] Nostredame, _Vies_, éd. Chabaneau-Anglade, pp. 48 et 312.
[24] On trouvera, à la fin de notre édition, la pièce du poète valencien
Auzias March imitée de Peire Raimon. Voir sur cette imitation: A. Pagès,
_Auzias March et ses prédécesseurs_, p. 286 sq.
BIBLIOGRAPHIE
ANGLADE (J.).--_A propos des troubadours toulousains_. Toulouse,
1917. (Extr. du _Bulletin de la Société Archéologique du Midi de la
France_, nouvelle série, no. 45. Toulouse, 1919, p. 195-245.)
ANGLADE (J.).--_Quatre poésies du troubadour Peire Raimon de
Tolosa_. Toulouse, 1917.
APPEL (C.)--_Provenzalische Inedita aus Pariser Handschriften_.
Leipzig, 1892 (et _Altfr. Bibliothek_, t. XIII). P. 244, _Ar ai
ben d'Amor apres_; p. 246, _Pois lo bels temps_; p. 248, _Si
com l'enfans_.
BARBIERI (G.-M.).--_Origine della poesia rimata_. Modène, 1790.
P. 129.
BARTSCH (K.).--_Chrestomathie provençale_. 6e éd. Marbourg, 1904.
C. 95, _Atressi com la candela_.
BASTERO.--_La Crusca provenzale_. Rome, 1724. P. 80 et 91.
BERGERT (FRITZ).--_Die von den Trobadors genannten oder gefeierten
Damen_. Halle, 1913. (_Beihefte zur Zeitschrift from. Phil_.,
XLVI.) P. 62, 63, 65, 83, 117.
BERTONI (G.).--_Rambertino Buvalelli_. Dresde, 1908.
(_Gesellschaft für rom. Literatur_, no. 17.) P. 11.
BERTONI (G.).--_I Trovatori d'Italia_. Modène, 1915.
CHABANEAU (C.).--_Biographies des Troubadours_, in _Hist. Gén.
Lang_., éd. Privat, X, 271, 373.
CHABANEAU (C.) et ANGLADE (J.).--_Essai de reconstitution du
chansonnier de Sault_, in _Romania_, 1911, p. 297.
DIEZ (F.).--_Leben und Werke der Troubadours_. P. 97, 267.
_Histoire littéraire de la France_, XV, 457; XVII, 419; cf.
encore XVIII, 641. La notice du tome XV est de Ginguené; celles des
tomes XVII et XVIII sont d'Emeric-David.
JEANROY (A.) et S. DE GRAVE.--_Poésies de Uc de Saint-Circ_.
Toulouse, 1913. (BIBL. MÉRID., 1re série, t. XV.) P. 161, 204.
KOLSEN (A.).--_Dichtungen der Troubadours_. Halle, 1916, 1917
(2 fascicules parus). P. 132, _Era pus l'iverns_, texte et
traduction).
MAHN (C.-A.-F.).--_Gedichte der Troubadours_. Berlin, 1856-1873.
(Trois pièces: _Ara pos iverns_, no. 790, 791; _Lo dous
chan_, no. 611; _Pos vezem boscs_, no. 942.)
MAHN (C.-A.-F.).--_Die Werke der Troubadours_. Tome I, Berlin,
1846. P. 133-147. Neuf poésies complètes empruntées au _Choix_ et
au _Lexique Roman_ de Raynouard, avec des fragments plus ou moins
importants de cinq autres tirées des mêmes recueils.
MAUS (F.-W.).--_Peire Cardenal's Strophenbau_. Marbourg, 1884.
(_Ausgaben und Abhandlungen_... no. V.) P. 24, 63.
MILÁ Y FONTANALS.--_De los Trovadores en España_. Barcelone,
1861. P. 108.
MILLOT.--_Histoire littéraire des Troubadours_. Paris, 1774; 3
vol. P. 1, 114 et 1,442 (B. de Gourdon).
NOSTREDAME (Jean de).--_Les vies des plus célèbres et anciens poètes
provençaux_. Ed. CHABANEAU-ANGLADE, p. 50, 166, 177, 224, 241, 270,
290, 311.
RAYNOUARD (F.).--_Choix de poésies originales des troubadours_.
Paris, 1816-1821; 6 vol. (T. III, p. 120-132, cinq pièces: _Atressi
com la candela_; _Enquera'm vai recalivan_; _No·m puesc
sufrir_; _Pessamen ai e cossir_; _Pus vey parer la flor_.
Tome V (fragments): _Ar ai ben d'Amor apres_, p. 325; _Si com
celui qu'a servit_, p. 323; _Si com l'enfans_, p. 326.). Même
tome, p. 102, B. de Gourdon (fragment); _ibid_., autres fragments
assez nombreux.
RAYNOUARD.--_Lexique Roman_. Paris, 1844; 6 vol. Le tome
1 contient un _Nouveau Choix des poésies originales des
Troubadours_ (p. 1-580). P. 334, _Us novels pessamens_; p.
513, _Ab son gai plan e clar_.
[DE ROCHEGUDE].--_Parnasse Occitanien_. P. 29. Une seule pièce:
_Us novels pessamens m'estai_.
TASSONI.--_Considerazioni sopra le rime del Petrarca_. Modène,
1609. P. 356.
MUSIQUE.--Les manuscrits ne nous ont conservé qu'une mélodie de
Peire Raimon; c'est celle de sa célèbre chanson: _Atressi com la
candela_. Cette mélodie se trouve dans le ms. _G_, f(o) 52(b).
Cf. J. Beck, _Melodien der Troubadours_, Strasbourg, 1908, p. 33.
I [No. 1 de Bartsch].
I.
Ab son gai plan e car
Fas descort leu et bon,
Avinen per chantar
E de bella razon; 4
E s'eu pogues trobar
A leis, cui Dieus bes don!
Chausimen, ges no·m par
Agues ren si ben non. 8
II.
Car cela m'a conqes
On son tuit faich preisan,
E anc tan bella res
No fo on vir e m'an; 12
Car son fin pres cortes
Puoja e creis e s'espan;
E s'eu ren far saubes
Qe il venghes en talan! 16
III.
Ben fora rics e gais,
Ses pen' e ses dolor,
Si cela cui bons prez nais
Mi volgues dar s'amor, 20
Q'aisi·l sui fis e verais
E ses cor trichador;
Et a cen tan e mais
Q'eu vos die de valor. 24
IV.
Tan m'agenza
Sa parvenza
Que d'al no consire;
Penedenza 28
Et abstinenza
Ai c'altra non mire;
Mantenenza
Ab sovinenza 32
Ai gran del martire.
Car plivensa
Ses fallensa
Que ja no traire, 36
V.
Farai sos mans a mon poder,
Car ren mai
Tan no·m plai,
Sitot mi fai doler; 40
E s'eu n'ai
Un dolz bai,
Ren no·m pot dan tener. 43
VI.
Bella domna, aiaz chausimen
De mi q'eu non ai mais secors,
Et ja per malvais parlamen
No·us bais ni 'streing vostras lauzors. 47
VII.
Descors, vai al conte valen
De Savoia, car sa valors
Meillora tot jorn e no men,
Sos ries pres val mai dels meillors. 51
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