Philip Gilbert Hamerton
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"Mardi j'ai dîné chez le Professeur Seeley, le frère de mon éditeur; il
a occupé la chaire de Latin à l'Université de Londres. C'est l'auteur
d'_Ecce Homo_. Macmillan m'ayant donné ce livre, je l'ai trouvé très
fort comme style et d'une hardiesse étonnante. L'auteur est des plus
sympathiques; il a des manières charmantes--si modestes et si
intelligentes, car les manières peuvent montrer de l'intelligence.
J'aime beaucoup les deux frères, et dans le peu de temps que je les ai
vus j'en ai fait des amis.
"Mercredi j'ai dîné chez moi, ayant un article à écrire. Jeudi chez
Stephen Pearce. Vendredi chez Mr. Wallis, le marchand de tableaux. C'est
un homme très délicat et très fin. Il avait invité Mr. Burgess, un
artiste intelligent et agréable que j'avais déjà rencontré au Salon de
l'année dernière. J'ai rencontré Tom Taylor à l'exposition. Wallis et
nous avons causé quelque temps ensemble. J'ai rencontré Clifton et dîné
avec lui à son Club."
_"Lundi matin_.
"Je suis allé hier passer le tantôt chez Lewes, on a été enchanté de mes
eaux-fortes. George Eliot s'est plainte de ne pas avoir assez causé avec
moi à ma dernière visite, et m'a invitè à prendre place à côté d'elle.
Nous avons parlé d'art, de littérature et d'elle même. Elle m'a dit que
personne n'avait eu plus d'inquiétudes et de souffrances dans le travail
qu'elle, et que le peu qu'elle fait lui coûte énormément.
"J'ai discuté avec Lewes l'idée de faire la réimpression de mes
articles, et il m'a conseillé de ne pas le faire si je puis fonder un
livre sur ces articles. J'avoue que je serais assez tenté de faire un
ouvrage sérieux sur la peinture, pour lequel mes articles serviraient de
matériel."
"_Samedi soir._
"J'ai dîné hier soir chez Mr. Macmillan, nous étions seuls d'hommes. Il
y avait sa femme, ses enfants, et une grand'mère. Il a une famille
nombreuse, de beaux enfants. Sa femme est bonne, et si simple que j'ai
rarement vu un comme-il-faut plus achevé sans être de la distinction. La
maison est très spacieuse et entourée d'arbres magnifiques. Ce qu'il y a
de particulier dans cette maison, c'est un caractère intime et d'aisance
ancienne. Macmillan a su éviter avec un tact parfait, tout ce qui
pouvait rappeler le nouveau riche. On se croirait dans une grande maison
de campagne, à cinquante lieues de Londres, et dans une ancienne famille
établie là depuis plusieurs générations.
"Nous avons passé toute la soirée ensemble. Il laisse entièrement à mon
jugement tout ce qui regarde l'illustration de mon livre. Ce que j'ai
aimé dans cette maison, comme dans toutes les personnes que j'y ai
trouvées, a été l'absence complète de toute affectation. Tout est
homogène et je n'ai encore jamais vu une maison de campagne ayant cet
aspect-là. Mon respect pour Macmillan s'est considérablement augmentée
de ce qu'on ne rencontre chez lui aucune splendeur vulgaire: rien ne
parle d'argent chez lui.
"La conversation a été très générale. Quand je suis parti, il m'a
reconduit à travers un champ pour abréger mon chemin à la station. Il a
chanté quelques vieilles chansons avec beaucoup de caractère; j'ai
chanté un peu aussi--et pourtant je ne suis guère disposé à chanter.
Anne avait montré tant de contentement quand je suis allé la voir à
Sheffield--et penser que je ne la reverrai plus. Je souffre aussi pour
mon oncle, je me mets à sa place en pensant à ma petite Mary; si je la
perdais plus tard!... et puis--et puis, tu sais comment viennent les
idées noires, et combien un malheur vous en fait craindre d'autres."
"_Dimanche_.
"Je me sens de nouveau fatigué et cette fatigue semble persister. Il est
bien possible que l'ennui et la nostalgie y soient pour quelque chose.
"Figure-toi qu'il y a une jeune _peintresse_ qui m'a été recommandée, et
dont la situation est bien précaire; j'ai eu la faiblesse de lui écrire
une petite lettre gentille et encourageante et me voilà en butte à des
éclats de désespoir ou de reconnaissance; de reproches et de
remerciements. Le plaisir de faire du bien à ceux qui souffrent est tel,
que l'on voudrait s'en donner, et le critique est souvent tenté de
manger de ce sucre-là.
"Je ne regrette pas de m'être établi à Kew; il n'y a qu'une chose contre
Kew, c'est que je n'y connais personne, tandis qu'à St. John's Wood j'ai
plusieurs amis. Mais la solitude a aussi ses avantages et quand on voit
du monde tous les jours, on peut bien passer la soirée chez soi. Si la
petite femme était seulement ici, ce serait parfait."
"_Mardi_.
"Petite femme chérie qui a été gentille puisqu'elle a écrit deux
lettres.
"Celle-ci est simplement pour te dire que mon repos a enfin produit son
effet et que je suis rentré dans mon état ordinaire. Aujourd'hui je me
rends au Musée, et j'ai pu écrire.
"Mon oncle est arrivé hier soir, il partage mon salon, mais je lui ai
loué une chambre-à-coucher dans la maison voisine. Il ne paraît pas trop
abattu; nous causons beaucoup et je tâche de l'égayer autant que sa
position le permet. Il est moins réservé qu'autrefois et me laisse voir
davantage le cours de ses pensées qui vont souvent à ses filles et à sa
femme. Je l'emmène aujourd'hui à l'Académie. Il y a une chose qui doit
te rassurer quant à l'état de ma santé, c'est que je n'ai jamais ces
sensations au cerveau dont j'ai souffert. Le cerveau n'est pas fatigué
et en me reposant à temps, je répare rapidement mes forces. Ce qui est
vraiment insupportable ce sont les séparations, et j'ai bien de la peine
à m'y résigner, et je ne m'y résignerais pas du tout si la peinture
rapportait. Mais en mettant les choses au pis pour les affaires
d'argent, j'espère que tu me verras toujours courageux et affectueux
dans l'adversité; je me figure que depuis quelque temps j'ai appris à la
supporter sans qu'elle puisse m'aigrir. Si je dois vivre de
pommes-de-terre, ou même mourir de faim, tu me verras toujours dévoué
jusqu'à la mort. Celles-ci ne sont pas de vaines paroles; je suis prêt à
les soutenir dans une pauvre cabane ou sur le lit d'un hôpital."
"_Lundi_.
"T'ai-je dit que j'avais trouvé ici-même un locataire étudiant la
botanique à 'l'herbarium' tous les jours, et qu'en nous promenant
ensemble au jardin, les soirs, il m'apprend les noms des arbres qui ne
sont pas indiqués. J'ai aussi des fleurs sur ma fenêtre: je t'en donne
une. Je ne connais pas le langage des fleurs, mais si celle-ci ne te dit
pas que je t'aime beaucoup--beaucoup--elle interprète bien mal mes
sentiments.
"J'ai lu un peu du livre de Max Müller sur l'étude _comparative_ des
langues. C'est excessivement curieux. Tu n'as aucune idée de combien
l'étymologie est intéressante quand elle est basée sur la connaissance
de tant d'idiômes; on peut tracer la parenté les mots d'une manière
étonnante; les changements dans la façon de les écrire ont pour résultat
de les dénaturer tellement que nous avons beaucoup de peine à les
reconnaître sans _retracer_ toute leur histoire dans la littérature. Mr.
Max Müller retrace ainsi, d'une manière ingénieuse, mais bien
convainçante, l'usage des mots pour arriver à leurs racines primitives,
et puis il forme des théories d'après ces comparaisons--qui sont au
moins toujours intéressantes. Ce qu'il y a de remarquable c'est qu'on
retrouve les mêmes mots dans les endroits les plus éloignés, des mots
Anglais et Français qui ont leur origine dans le Sanskrit; et de même
pour d'autres idiomes. Max Müller diffère des philologues anciens en
ceci que tandis qu'ils étudiaient seulement les langues classiques, lui
trouve la lumière et le matériel partout, même dans le Patois: ainsi le
Provençal lui a été indispensable et bien d'autres langues encore que
les amateurs des classiques négligent généralement."
This interest in languages grew with years. When at Sens, we studied
Italian together, but my increasing deafness made me abandon it on
account of the pronunciation, whilst my husband, on the contrary, made
it a point to read some pages of it every day, and even to write his
diary in that language. Later still, he used to send to Florence some
literary compositions to be corrected. After the marriage of his
daughter, he used occasionally to ask his son-in-law, M. Raillard, for
lessons in German, and had even undertaken to write, with his
collaboration, a work on philology which was to have been entitled,
"Words on their Travels, and Stay-at-Home Words," which his unexpected
death cut short. In the afternoon of the day on which he died, as he was
coming back home from the Louvre in a tram-car, he took out of his
pocket a volume of Virgil, and read it the whole way. "I furbish up my
Latin and Greek when on a steamer or in omnibuses," he said to me; "it
prevents my being annoyed by the loss of time."
"_Jeudi soir_.
"Je suis retourné chez Seeley où on m'a traité d'une façon tout-à-fait
délicate; le Professeur est un des hommes les plus sympathiques que
j'aie rencontrés. Je t'en parlerai plus longuement de vive voix, et
quant à son frère Richmond je n'ai jamais connu quelqu'un avec qui je
m'entende aussi facilement. Il y a une chose bien charmante en lui,
c'est que, bien qu'il soit à la tête d'une grande maison, il n'a jamais
l'air pressé et vous écoute avec une patience parfaite.
"Ce que tu me dis de 'mon courage au travail et à la lutte' me paye pour
bien des heures de besogne. Tout ce qui me décourage parfois, c'est ma
faible santé qui m'oblige souvent à paraître paresseux sous peine d'être
malade.
"Il me tarde tant de te revoir que je suis comme un pauvre prisonnier en
pays étranger, loin de la Dame de ses pensées. Alors, tu sais, il faut
m'écrire et embrasser les enfants pour moi."
"_Vendredi_.
"J'ai été désolé de ne pas pouvoir t'écrire aujourd'hui; il est
maintenant 1 h. du matin. Je vais _bien_, mais je suis accablé de
travaux et pourtant je veux partir bientôt; je finirai à la maison.
Aujourd'hui j'ai terminé mon article juste à temps pour l'impression.
Comme notre âne 'Je dors debout'; aujourd'hui je tombais presque de
sommeil dans les rues de Londres.
"Les travaux sur l'eau-forte sont terminés cette fois. À bientôt!"
"22 RUE DE L'OUEST PARIS. _Lundi_.
"Je suis arrivé hier à 5 h. du soir. _Je ne suis pas du tout fatigué_,
ce qui semble indiquer une augmentation de force, car tu sais que les
longs voyages me fatiguent généralement beaucoup. Je suis allé ce matin
dès 8 h. chez Delâtre oû j'ai fait tirer mes planches. On fait le tirage
de suite et les livraisons paraîtront cette semaine.
"Quant à mes pauvres enfants, je suis désolé de les savoir malades, mais
ta lettre m'encourage à espérer qu'ils sont en bonne voie de
convalescence. Tu as dû avoir un temps difficile à passer ainsi tout
seule: chère petite femme, je crois que si j'y avais été c'eût été plus
facile pour toi: les enfants de mon ami Pearce sont également malades de
la scarlatine.
"Hier soir j'ai dîné chez Froment [the artist who paints such beautiful
decorative works for Sèvres]; ce matin j'ai déjeuné chez Froment, ce
soir j'y dîne, et ainsi de suite."
M. Froment had been most hospitable to both of us during our stay in
Paris; he had given us a day at Sèvres, and had shown us the
_Manufacture_ in all its details. He was a widower, and inconsolable for
the loss of his wife, whose memory was as sacred to him as religion. His
two daughters were at home; the eldest watching maternally over the
younger sister, who, however, died a few years later. M. Froment's
feelings, perceptions, and tastes were exquisitely refined, and my
husband derived both benefit and pleasure from the friendly intercourse.
In after years Gilbert met M. Froment occasionally, and found him always
full of kindness and regard.
After nursing the children through scarlatina I caught it myself, and
when my husband knew of it, he wrote:--
"I write just to say how sorry I am not to be able to set off _at once_,
and be at your bedside. I shall certainly not be later than Saturday. I
am of course very busy, and have no time for letter-writing. I have seen
Docteur Dereims to-day, and told him of your illness. He insists on the
necessity of the greatest care during your convalescence. You must
especially avoid _cold drinks_, as highly dangerous.
"Things are going on as I wish for my book on Etching. I am getting hold
of plates which alone would make it valuable. Pray take care of
yourself. I wish I were with you."
On the following day:--
"I am very sorry to hear you had such a bad night; but from all I can
hear from Dr. Dereims you are only going through the usual course of the
illness. I will be with you on Saturday without fail. You may count upon
me as upon an attentive, though not, I fear, a very skilful nurse. But I
will try, like some other folks, to make up in talk what I lack in
professional skill. I am tolerably well, but rather upset by this news
from Pré-Charmoy. I could not sleep much last night.
"I am going to the exhibition to-day, and will be thinking of little
wife all the time. I have met with a quantity of very fine paper for
etching, of French manufacture, and have obtained Macmillan's authority
to purchase it for the _text also_. It will be a splendid publication. I
feel greater and greater hopes about that book.
"Only forty-eight hours of separation from the time I write."
The day after:--
"Enfin il y a bien peu de chose à faire à mes planches, et j'espère que
dans un jour ce sera terminé.
"J'ai beaucoup de choses à te dire mais ce sera pour nos bonnes
causeries intimes. Je voyagerai toute la nuit de vendredi afin d'arriver
samedi dans la matinée. Quand je pense à toi et aux enfants, à la petite
maison, à la petite rivière et à tous les détails de cette délicieuse
existence que nous passons ensemble, il me faut beaucoup de courage pour
rester ici seul à terminer mon travail."
When my husband reached home, I was still in bed, and unwilling to let
him come to me for fear of infection; but he would not hear of keeping
away. "I never catch anything," he said gayly, "don't be anxious on my
account;" and he insisted upon sleeping on a little iron bedstead in the
dressing-room close to our bedroom, to nurse me in the night.
He soon recovered his usual health, with occasional troubles of the
nervous system; but he had grown careful about the premonitory symptoms,
and used to grant himself a holiday whenever they occurred. Having been
told whilst in London that novel-writing paid better than any other
literary production, he now turned his thoughts towards the possibility
of using his past experience for the composition of a story. It would be
a pleasant change from criticism, he said, and would exercise different
mental faculties. Very soon the plan of "Wenderholme" was formed, and we
entertained good hopes of its success.
In the month of September, 1866, the wedding of my sister
Caroline took place quietly at our house, Mr. Hamerton being looked
upon as the head of the family since the death of my father. Although he
prized his privacy above everything else, he was ready to sacrifice it
as a token of his affection for his sister-in-law, and went through all
the necessary trouble and expense for her sake. She married a young man
who had formed an attachment for her ever since she was fifteen years
old,--M. Pelletier,--and they went to live at Algiers, where he was then
Commis d'Économat at the Lycée. It was agreed that they should spend the
long vacation with us every year.
There are a good many days of frost in a Morvandau winter, and the snow
often remains deep on the ground for several weeks together; there was
even more than usual in 1867, so my husband devised a new amusement for
the boys by showing them how to make a giant. Every time they came home,
they rolled up huge balls of snow which were left out to be frozen hard,
then sawn into large bricks to build up the monster. The delight of the
boys may be imagined. Every new limb was greeted with enthusiastic
shouts, they thought of nothing else; and, perched on ladders, their
little hands protected by woollen gloves, they worked like slaves, and
could hardly be got to eat their meals. But how should I describe the
final scene, when in the dark evening two night-lights shone out of the
giant's eyes, and flames came out of its monstrous mouth?... It was
nothing less than wild ecstasy. Their father also taught them skating;
there was very little danger except from falls, for they began in the
meadows about the house, where they skated over shallow pools left in
the hollows by rain-water or melted snow; but when they became
proficient, we used to go to the great pond at Varolles. As my husband
has said in one of his letters, all that was very good for him.
In January, 1868, he left again for London, and felt but little
inconvenience on the way and during his stay. Knowing that I should be
anxious, he formed the habit of sending me frequent short pencil notes,
to say how he was. I give here a few of them:--
"LONDRES. _Vendredi soir_.
"J'ai été très occupé aujourd'hui au musée Britannique. Demain j'irai
voir des expositions. Je compte partir dimanche pour Paris."
"_Samedi matin._
"J'écris dans une boutique. Je vais bien. Je dîne au Palais de Cristal
avec un Club."
"_Samedi soir._
"Je vais bien. Pauvre petit Richard! embrasse-le bien pour moi; tu as dû
être bien inquiète."
This was about a serious accident which had happened to our youngest
boy. Whilst at play with his brother on the terrace, and in my presence,
he ran his head against a low wall, and was felled senseless to the
ground by the force of the blow; the temple was cut open, and his blood
ran over my arm and dress when I lifted him up, apparently lifeless. The
farmer's cart drove us rapidly to Autun, where we found our doctor in
bed--it was ten at night. The wound was dressed and sewn up, and the
pain brought back some signs of life. I asked if I ought to take a room
at the hotel to secure the doctor's attendance at short intervals, but I
was told that blows of that kind were either fatal or of little
importance; the only thing to be done was to keep ice on the head and
renew it constantly. The poor child seemed to have relapsed into an
insensible state, and remained so all night. In the early morning,
however, he awoke without fever, and was quite well in about three
weeks.
I had asked my husband to take the opinion of an aurist about my
increasing deafness, and he tenderly answered:--
"Sérieusement je ne crois pas que ta surdité augmente. Avant de te
rendre compte combien tu étais sourde, tu ne savais pas quels bruits
restaient pour toi inaperçus. Maintenant tu fais de tristes découvertes;
moi qui suis mieux placé pour t'observer, puisque j'entends ce que tu
n'entends pas, je sais que tu es très sourde, mais je ne vois pas
d'augmentation depuis très longtemps et je crois que tu resteras à peu
près comme tu es. J'en ai parlé aujourd'hui avec Macmillan dont une amie
été comme toi pendant longtemps et qui éprouve maintenant une
amélioration graduelle, mais très sensible. Tâche surtout de ne pas trop
t'attrister, parce qu'il paraît que le chagrin a une tendance à
augmenter la surdité. Quant à parler d'aimer mieux mourir, tu oublies
que mon affection pour toi est bien au-dessus de toute infirmité
corporelle, et que nous aurons toujours beaucoup de bonheur à être
ensemble; du moins je parle pour moi. Et même si ta surdité augmentait
beaucoup, nous aurions toujours le moyen de communiquer ensemble en
parlant très haut: en France nous parlerions anglais, et en Angleterre,
français."
He sympathized so much with my trouble that, unlike many other
husbands, who would have been annoyed at having to take a deaf
wife into society, he urged me to go with him everywhere, kindly
repeated what I had not heard, and explained what I misunderstood. He
always tried his best to keep away from me the feeling of solitude, so
common to those who are deprived of hearing.
Just as I was rejoicing over the thought that my husband had
prosperously accomplished this last journey, I had a letter from him,
dated "Hôtel du Nord, Amiens," in which he said he was obliged to stop
there till he felt better, for he could eat absolutely nothing, and was
very weak. The worst was that I dared not leave my poor little Richard
yet, to go to his father: the wound on the temple was not healed, and
the doctor had forbidden all excitement, for fear of brain-fever after
the shock. I was terribly perplexed when the following letter reached
me:--
"HÔTEL DE L'AIGLE NOIR, FONTAINEBLEAU. _Mercredi_.
"Tu apprendras avec plaisir que j'ai regagné un peu d'appétit hier
soir. J'ai mangé un dîner qui m'a fait tant de bien que ce ne serait pas
cher à une centaine de francs. Cet hôtel est très propre et la cuisine y
est faite convenablement sans mélange de sauces. Toute la journée de
lundi à Amiens, j'ai vécu d'un petit morceau de pain d'épices. Le soir à
10 h. 1/2 j'ai mangé une tranche de jambon. Je suis parti à minuit pour
Paris où je suis arrivé à 4 h. du matin. Pour ne pas me rendre plus
malade, je n'ai pas voulu rester dans la grande ville que j'ai traversée
d'une gare à l'autre immédiatement. J'ai pris une tasse de chocolat et
écrit quelques lettres en attendant le train pour Fontainebleau qui est
parti de la gare à 8 h. C'était un train demi-express, mais je l'ai bien
supporté. En arrivant à Fontainebleau je n'ai pas pu déjeuner et je n'ai
rien mangé jusqu'au soir quand j'ai bien dîné. C'est très économique de
ne pas pouvoir manger. J'ai sauté plusieurs repas, qui par conséquent ne
figurent nullement dans les notes.
"Hier soir je me suis promené un peu dans les jardins du palais qui est
lui-même vaste, mais c'est un amas de constructions lourdes et de
mauvais goût, du moins en général. Cela me fait l'effet d'une caserne
ajoutée à une petite ville. Les jardins, les arbres sont magnifiques. Je
me trouve bien ce matin, mais un peu faible par suite du peu de
nourriture que j'ai pu prendre depuis quelques jours. Enfin, je suis en
train de me refaire. Je désire vivement être chez moi, et j'y arriverai
aussitôt que possible sans me rendre malade. Embrasse pour moi les
enfants et ta mère; à toi de tout coeur."
He reached home safely, but the fatigue and weakness seemed to last
longer than previously, and insomnia frequently recurred. He did his
best to insure refreshing sleep by taking more exercise in the open air,
but it became clear that he must abandon work at night, because when his
brain had been working on some particular subject, he could not quiet it
at once by going to bed, and it went on--in spite of himself--to a state
of great cerebral excitement, during which production was rapid and
felicitous--therefore tempting; but it was paid for too dearly by the
nervous exhaustion surely following it. It was a great sacrifice on his
part, because he liked nothing better than to wait till every one had
retired and the house was all quiet and silent, to sit down to his desk
under the lamp, and write undisturbed--and without fear of
disturbance--till dawn put out the stars.
He now changed his rules, and devoted the evenings to reading.
CHAPTER IX.
1868.
Studies of Animals.--A Strange Visitor.--Illness at Amiens.--
Resignation of post on the "Saturday Review."--Nervous seizure in
railway train.--Mrs. Craik.--Publication of "Etching and Etchers."--
Tennyson.--Growing reputation in America.
In the course of the years 1865-67 Mr. Hamerton had made the
acquaintance of several leading French artists,--Doré, Corot, Daubigny,
Courbet, Landelle, Lalanne, Rajon, Brunet-Debaines, Flameng, Jacquemart,
etc. The etchers he frequently met at Cadart's, where they came to see
proofs of their etchings; the painters he went to see for the
preparation of his "Contemporary French Painters" and "Painting in
France." Together with these works he had begun his first novel,
"Wenderholme," and had been contemplating for some time the possibility
of lecturing on aesthetics. I was adverse to this last plan on account
of his nervous state, which did not seem to allow so great an excitement
as that of appearing in public at stated times; I persuaded him at least
to delay the realization of the project till he had quite recovered his
health, despite the invitations he had received both from England and
America. He continued to paint from nature, with the intention of
resigning his post on the "Saturday Review" in case of success, but now
devoted more of his time to the study of animals, principally oxen, as
he liked to have models at hand without leaving home.
Desiring to be thoroughly acquainted with the anatomy of the ox, he
bought one which had died at the farm, and had it boiled in parts till
the flesh was separated from the bones, which were then exposed to dry
in the sunshine. When thoroughly dried they were kept in the garret, and
successively taken to the studio to serve for a series of drawings, of
which I still possess several. As we had a goat, and sometimes kids, he
also made numerous sketches from them, as well as from ducks, sheep and
lambs, hens and chickens. There was also a Waterloo veteran who came
weekly as a model, and who was painted in a monk's dress, which my
husband used afterwards, and for a long time, as a dressing-gown.
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