A B C D E F G H I J K L M N O P R S T U V W X Z

La Chartreuse de Parme

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" La seconde id‚e que le comte t'envoie est celle-ci: S'il te vient une
raison brillante, une r‚plique victorieuse qui change le cours de la
conversation, ne cŠde point … la tentation de briller, garde le
silence; les gens fins verront ton esprit dans tes yeux. Il sera temps
d'avoir de l'esprit quand tu seras ‚vˆque.

Fabrice d‚buta … Naples avec une voiture modeste, et quatre
domestiques, bons Milanais, que sa tante lui avait envoy‚s. AprŠs une
ann‚e d'‚tude personne ne disait que c'‚tait un homme d'esprit, on le
regardait comme un grand seigneur appliqu‚, fort g‚n‚reux, mais un peu
libertin.

Cette ann‚e assez amusante pour Fabrice, fut terrible pour la duchesse.
Le comte fut trois ou quatre fois … deux doigts de sa perte; le prince,
plus peureux que jamais parce qu'il ‚tait malade cette ann‚e-l…,
croyait, en le renvoyant, se d‚barrasser de l'odieux des ex‚cutions
faites avant l'entr‚e du comte au ministŠre. Le Rassi ‚tait le favori
du coeur qu'on voulait garder avant tout. Les p‚rils du comte lui
attachŠrent passionn‚ment la duchesse, elle ne songeait plus … Fabrice.
Pour donner une couleur … leur retraite possible, il se trouva que
l'air de Parme, un peu humide en effet, comme celui de toute la
Lombardie, ne convenait nullement … sa sant‚. Enfin aprŠs des
intervalles de disgrƒce, qui allŠrent pour le comte, premier ministre,
jusqu'… passer quelquefois vingt jours entiers sans voir son maŒtre en
particulier, Mosca l'emporta; il fit nommer le g‚n‚ral Fabio Conti, le
pr‚tendu lib‚ral, gouverneur de la citadelle o— l'on enfermait les
lib‚raux jug‚s par Rassi."Si Conti use d'indulgence envers ses
prisonniers, disait Mosca … son amie, on le disgracie comme un jacobin
auquel ses id‚es politiques font oublier ses devoirs de g‚n‚ral, s'il
se montre s‚vŠre et impitoyable, et c'est ce me semble de ce c“t‚-l…
qu'il inclinera, il cesse d'ˆtre le chef de son propre parti, et
s'aliŠne toutes les familles qui ont un des leurs … la citadelle. Ce
pauvre homme sait prendre un air tout confit de respect … l'approche du
prince; au besoin il change de costume quatre fois en un jour; il peut
discuter une question d'‚tiquette, mais ce n'est point une tˆte capable
de suivre le chemin difficile par lequel seulement il peut se sauver;
et dans tous les cas je suis l…."

Le lendemain de la nomination du g‚n‚ral Fabio Conti, qui terminait la
crise minist‚rielle on apprit que Parme aurait un journal
ultra-monarchique'.

- Que de querelles ce journal va faire naŒtre! disait la duchesse.

- Ce journal, dont l'id‚e est peut-ˆtre mon chef-d'oeuvre, r‚pondait le
comte en riant, peu … peu je m'en laisserai bien malgr‚ moi “ter la
direction par les ultra-furibonds. J'ai fait attacher de beaux
appointements aux places de r‚dacteur. De tous c“t‚s on va solliciter
ces places: cette affaire va nous faire passer un mois ou deux, et l'on
oubliera les p‚rils que je viens de courir. Les graves personnages P.
et D. sont d‚j… sur les rangs.

- Mais ce journal sera d'une absurdit‚ r‚voltante.

- J'y compte bien, r‚pliquait le comte. Le prince le lira tous les
matins et admirera ma doctrine … moi qui l'ai fond‚. Pour les d‚tails,
il approuvera ou sera choqu‚; des heures qu'il consacre au travail, en
voil… deux de prises. Le journal se fera des affaires, mais … l'‚poque
o— arriveront les plaintes s‚rieuses, dans huit ou dix mois, il sera
entiŠrement dans les mains des ultra-furibonds. Ce sera ce parti qui me
gˆne qui devra r‚pondre, moi j'‚lŠverai des objections contre le
journal; au fond, j'aime mieux cent absurdit‚s atroces qu'un seul
pendu. Qui se souvient d'une absurdit‚ deux ans aprŠs le num‚ro du
journal officiel? Au lieu que les fils et la famille du pendu me vouent
une haine qui durera autant que moi et qui peut-ˆtre abr‚gera ma vie.

La duchesse, toujours passionn‚e pour quelque chose, toujours
agissante, jamais oisive, avait plus d'esprit que toute la cour de
Parme, mais elle manquait de patience et d'impassibilit‚ pour r‚ussir
dans les intrigues. Toutefois, elle ‚tait parvenue … suivre avec
passion les int‚rˆts des diverses coteries, elle commen‡ait mˆme …
avoir un cr‚dit personnel auprŠs du prince. Clara-Paolina, la princesse
r‚gnante, environn‚e d'honneurs, mais emprisonn‚e dans l'‚tiquette la
plus surann‚e, se regardait comme la plus malheureuse des femmes. La
duchesse Sanseverina lui fit la cour, et entreprit de lui prouver
qu'elle n'‚tait point si malheureuse. Il faut savoir que le prince ne
voyait sa femme qu'… dŒner; ce repas durait trente minutes et le prince
passait des semaines entiŠres sans adresser la parole … Clara-Paolina.
Mme Sanseverina essaya de changer tout cela; elle amusait le prince, et
d'autant plus qu'elle avait su conserver toute son ind‚pendance. Quand
elle l'e–t voulu, elle n'e–t pas pu ne jamais blesser aucun des sots
qui pullulaient … cette cour. C'‚tait cette parfaite inhabilet‚ de sa
part qui la faisait ex‚crer du vulgaire des courtisans, tous comtes ou
marquis, jouissant en g‚n‚ral de cinq mille livres de rentes. Elle
comprit ce malheur dŠs les premiers jours, et s'attacha exclusivement …
plaire au souverain et … sa femme, laquelle dominait absolument le
prince h‚r‚ditaire. La duchesse savait amuser le souverain et profitait
de l'extrˆme attention qu'il accordait … ses moindres paroles pour
donner de bons ridicules aux courtisans qui la ha‹ssaient. Depuis les
sottises que Rassi lui avait fait faire, et les sottises de sang ne se
r‚parent pas, le prince avait peur quelquefois, et s'ennuyait souvent,
ce qui l'avait conduit … la triste envie; il sentait qu'il ne s'amusait
guŠre, et devenait sombre quand il croyait voir que d'autres
s'amusaient; l'aspect du bonheur le rendait furieux."Il faut cacher nos
amours", dit la duchesse … son ami; et elle laissa deviner au prince
qu'elle n'‚tait plus que fort m‚diocrement ‚prise du comte, homme
d'ailleurs si estimable.

Cette d‚couverte avait donn‚ un jour heureux … Son Altesse. De temps …
autre, la duchesse laissait tomber quelques mots du projet qu'elle
aurait de se donner chaque ann‚e un cong‚ de quelques mois qu'elle
emploierait … voir l'Italie qu'elle ne connaissait point: elle irait
visiter Naples, Florence, Rome. Or, rien au monde ne pouvait faire plus
de peine au prince qu'une telle apparence de d‚sertion: c'‚tait l… une
de ses faiblesses les plus marqu‚es, les d‚marches qui pouvaient ˆtre
imput‚es … m‚pris pour sa ville capitale lui per‡aient le coeur. Il
sentait qu'il n'avait aucun moyen de retenir Mme Sanseverina, et Mme
Sanseverina ‚tait de bien loin la femme la plus brillante de Parme.
Chose unique avec la paresse italienne, on revenait des campagnes
environnantes pour assister … ses jeudis; c'‚taient de v‚ritables
fˆtes; presque toujours la duchesse y avait quelque chose de neuf et de
piquant. Le prince mourait d'envie de voir un de ces jeudis; mais
comment s'y prendre? Aller chez un simple particulier! c'‚tait une
chose que ni son pŠre ni lui n'avaient jamais faite!

Un certain jeudi, il pleuvait, il faisait froid; … chaque instant de la
soir‚e le duc entendait des voitures qui ‚branlaient le pav‚ de la
place du palais, en allant chez Mme Sanseverina. Il eut un mouvement
d'impatience: d'autres s'amusaient, et lui, prince souverain, maŒtre
absolu, qui devait s'amuser plus que personne au monde, il connaissait
l'ennui! Il sonna son aide de camp, il fallut le temps de placer une
douzaine de gens affid‚s dans la rue qui conduisait du palais de Son
Altesse au palais Sanseverina. Enfin, aprŠs une heure qui parut un
siŠcle au prince, et pendant laquelle il fut vingt fois tent‚ de braver
les poignards et de sortir … l'‚tourdie et sans nulle pr‚caution, il
parut dans le premier salon de Mme Sanseverina. La foudre serait tomb‚e
dans ce salon qu'elle n'e–t pas produit une pareille surprise. En un
clin d'oeil et … mesure que le prince s'avan‡ait, s'‚tablissait dans
ces salons si bruyants et si gais un silence de stupeur; tous les yeux,
fix‚s sur le prince, s'ouvraient outre mesure. Les courtisans
paraissaient d‚concert‚s, la duchesse elle seule n'eut point l'air
‚tonn‚. Quand enfin l'on eut retrouv‚ la force de parler, la grande
pr‚occupation de toutes les personnes pr‚sentes fut de d‚cider cette
importante question: la duchesse avait-elle ‚t‚ avertie de cette
visite, ou bien a-t-elle ‚t‚ surprise comme tout le monde?

Le prince s'amusa, et l'on va juger du caractŠre tout de premier
mouvement de la duchesse, et du pouvoir infini que les id‚es vagues de
d‚part adroitement jet‚es lui avaient laiss‚ prendre.

En reconduisant le prince qui lui adressait des mots fort aimables, il
lui vint une id‚e singuliŠre et qu'elle osa bien lui dire tout
simplement, et comme une chose des plus ordinaires.

- Si Votre Altesse S‚r‚nissime voulait adresser … la princesse trois ou
quatre de ces phrases charmantes qu'elle me prodigue, elle ferait mon
bonheur bien plus s–rement qu'en me disant ici que je suis jolie. C'est
que je ne voudrais pas pour tout au monde que la princesse p–t voir de
mauvais oeil l'insigne marque de faveur dont Votre Altesse vient de
m'honorer.

Le prince la regarda fixement et r‚pliqua d'un air sec:

- Apparemment que je suis le maŒtre d'aller o— il me plaŒt.

La duchesse rougit.

- Je voulais seulement, reprit-elle … l'instant, ne pas exposer Son
Altesse … faire une course inutile, car ce jeudi sera le dernier; je
vais aller passer quelques jours … Bologne ou … Florence.

Comme elle rentrait dans ses salons, tout le monde la croyait au comble
de la faveur, et elle venait de hasarder ce que de m‚moire d'homme
personne n'avait os‚ … Parme. Elle fit un signe au comte qui quitta sa
table de whist et la suivit dans un petit salon ‚clair‚, mais solitaire.

- Ce que vous avez fait est bien hardi, lui dit-il je ne vous l'aurais
pas conseill‚; mais dans les cours bien ‚pris, ajouta-t-il en riant, le
bonheur augmente l'amour, et si vous partez demain matin, je vous suis
demain soir. Je ne serai retard‚ que par cette corv‚e du ministŠre des
finances dont j'ai eu la sottise de me charger, mais en quatre heures
de temps bien employ‚es on peut faire la remise de bien des caisses.
Rentrons, chŠre amie, et faisons de la fatuit‚ minist‚rielle en toute
libert‚, et sans nulle retenue, c'est peut-ˆtre la derniŠre
repr‚sentation que nous donnons en cette ville. S'il se croit brav‚,
l'homme est capable de tout; il appellera cela faire un exemple. Quand
ce monde sera parti, nous aviserons aux moyens de vous barricader pour
cette nuit; le mieux serait peut-ˆtre de partir sans d‚lai pour votre
maison de Sacca, prŠs du P“, qui a l'avantage de n'ˆtre qu'… une
demi-heure de distance des Etats autrichiens.

L'amour et l'amour-propre de la duchesse eurent un moment d‚licieux;
elle regarda le comte, et ses yeux se mouillŠrent de larmes. Un
ministre si puissant, environn‚ de cette foule de courtisans qui
l'accablaient d'hommages ‚gaux … ceux qu'ils adressaient au prince
lui-mˆme, tout quitter pour elle et avec cette aisance!

En rentrant dans les salons, elle ‚tait folle de joie. Tout le monde se
prosternait devant elle.

"Comme le bonheur change la duchesse, disaient de toutes parts les
courtisans, c'est … ne pas la reconnaŒtre. Enfin cette ƒme romaine et
au-dessus de tout daigne pourtant appr‚cier la faveur exorbitante dont
elle vient d'ˆtre l'objet de la part du souverain!"

Vers la fin de la soir‚e, le comte vint … elle:

- Il faut que je vous dise des nouvelles.

Aussit“t les personnes qui se trouvaient auprŠs de la duchesse
s'‚loignŠrent.

- Le prince en rentrant au palais, continua le comte, s'est fait
annoncer chez sa femme. Jugez de la surprise! Je viens vous rendre
compte, lui a-t-il dit, d'une soir‚e fort aimable, en v‚rit‚, que j'ai
pass‚e chez la Sanseverina. C'est elle qui m'a pri‚ de vous faire le
d‚tail de la fa‡on dont elle a arrang‚ ce vieux palais enfum‚. Alors le
prince, aprŠs s'ˆtre assis, s'est mis … faire la description de chacun
de vos salons.

"Il a pass‚ plus de vingt minutes chez sa femme qui pleurait de joie;
malgr‚ son esprit, elle n'a pas pu trouver un mot pour soutenir la
conversation sur le ton l‚ger que Son Altesse voulait bien lui donner."

Ce prince n'‚tait point un m‚chant homme, quoi qu'en pussent dire les
lib‚raux d'Italie. A la v‚rit‚, il avait fait jeter dans les prisons un
assez bon nombre d'entre eux, mais c'‚tait par peur, et il r‚p‚tait
quelquefois comme pour se consoler de certains souvenirs: Il vaut mieux
tuer le diable que si le diable nous tue. Le lendemain de la soir‚e
dont nous venons de parler, il ‚tait tout joyeux, il avait fait deux
belles actions: aller au jeudi et parler … sa femme. A dŒner, il lui
adressa la parole, en un mot, ce jeudi de Mme Sanseverina amena une
r‚volution d'int‚rieur dont tout Parme retentit; la Raversi fut
constern‚e, et la duchesse eut une double joie: elle avait pu ˆtre
utile … son amant et l'avait trouv‚ plus ‚pris que Jamais.

- Tout cela … cause d'une id‚e bien imprudente qui m'est venue!
disait-elle au comte. Je serais plus libre sans doute … Rome ou …
Naples, mais y trouverais-je un jeu aussi attachant? Non, en v‚rit‚,
mon cher comte, et vous faites mon bonheur.



CHAPITRE VII


C'est de petits d‚tails de cour aussi insignifiants que celui que nous
venons de raconter qu'il faudrait remplir l'histoire des quatre ann‚es
qui suivirent. Chaque printemps, la marquise venait avec ses filles
passer deux mois au palais Sanseverina ou … la terre de Sacca, aux
bords du P“, il y avait des moments bien doux, et l'on parlait de
Fabrice; mais le comte ne voulut jamais lui permettre une seule visite
… Parme. La duchesse et le ministre eurent bien … r‚parer quelques
‚tourderies, mais en g‚n‚ral Fabrice suivait assez sagement la ligne de
conduite qu'on lui avait indiqu‚e: un grand seigneur qui ‚tudie la
th‚ologie et qui ne compte point absolument sur sa vertu pour faire son
avancement. A Naples, il s'‚tait pris d'un go–t trŠs vif pour l'‚tude
de l'antiquit‚, il faisait des fouilles '; cette passion avait presque
remplac‚ celle des chevaux. Il avait vendu ses chevaux anglais pour
continuer des fouilles … MisŠne, o— il avait trouv‚ un buste de TibŠre,
jeune encore, qui avait pris rang parmi les plus beaux restes de
l'antiquit‚. La d‚couverte de ce buste fut presque le plaisir le plus
vif qu'il e–t rencontr‚ … Naples. Il avait l'ƒme trop haute pour
chercher … imiter les autres jeunes gens, et, par exemple, pour vouloir
jouer avec un certain s‚rieux le r“le d'amoureux. Sans doute il ne
manquait point de maŒtresses, mais elles n'‚taient pour lui d'aucune
cons‚quence, et, malgr‚ son ƒge, on pouvait dire de lui qu'il ne
connaissait point l'amour; il n'en ‚tait que plus aim‚. Rien ne
l'empˆchait d'agir avec le plus beau sang-froid, car pour lui une femme
jeune et jolie ‚tait toujours l'‚gale d'une autre femme jeune et jolie;
seulement la derniŠre connue lui semblait la plus piquante. Une des
dames les plus admir‚es … Naples avait fait des folies en son honneur
pendant la derniŠre ann‚e de son s‚jour, ce qui d'abord l'avait amus‚,
et avait fini par l'exc‚der d'ennui, tellement qu'un des bonheurs de
son d‚part fut d'ˆtre d‚livr‚ des attentions de la charmante duchesse
d'A... Ce fut en 1821, qu'ayant subi passablement tous ses examens, son
directeur d'‚tudes ou gouverneur eut une croix et un cadeau, et lui
partit pour voir enfin cette ville de Parme … laquelle il songeait
souvent. Il ‚tait Monsignore, et il avait quatre chevaux … sa voiture;
… la poste avant Parme, il n'en prit que deux, et dans la ville fit
arrˆter devant l'‚glise de Saint-Jean. L… se trouvait le riche tombeau
de l'archevˆque Ascagne del Dongo, son arriŠre-grand-oncle, l'auteur de
la G‚n‚alogie latine. Il pria auprŠs du tombeau, puis arriva … pied au
palais de la duchesse qui ne l'attendait que quelques jours plus tard.
Elle avait grand monde dans son salon, bient“t on la laissa seule.

- Eh bien! es-tu contente de moi? lui dit-il en se jetant dans ses
bras: grƒce … toi, j'ai pass‚ quatre ann‚es assez heureuses … Naples,
au lieu de m'ennuyer … Novare avec ma maŒtresse autoris‚e par la police.

La duchesse ne revenait pas de son ‚tonnement elle ne l'e–t pas reconnu
… le voir passer dans l… rue; elle le trouvait ce qu'il ‚tait en effet,
l'un des plus jolis hommes de l'Italie; il avait surtout une
physionomie charmante. Elle l'avait envoy‚ … Naples avec la tournure
d'un hardi casse-cou; la cravache qu'il portait toujours alors semblait
faire partie inh‚rente de son ˆtre: maintenant il avait l'air le plus
noble et le plus mesur‚ devant les ‚trangers, et dans le particulier,
elle lui trouvait tout le feu de sa premiŠre jeunesse. C'‚tait un
diamant qui n'avait rien perdu … ˆtre poli. Il n'y avait pas une heure
que Fabrice ‚tait arriv‚, lorsque le comte Mosca survint; il arriva un
peu trop t“t. Le jeune homme lui parla en si bons termes de la croix de
Parme accord‚e … son gouverneur, et il exprima sa vive reconnaissance
pour d'autres bienfaits dont il n'osait parler d'une fa‡on aussi
claire, avec une mesure si parfaite, que du premier coup d'oeil le
ministre le jugea favorablement.

- Ce neveu, dit-il tout bas … la duchesse, est fait pour orner toutes
les dignit‚s auxquelles vous voudrez l'‚lever par la suite.

Tout allait … merveille jusque-l…, mais quand le ministre, fort content
de Fabrice, et jusque-l… attentif uniquement … ses faits et gestes,
regarda la duchesse, il lui trouva des yeux singuliers."Ce jeune homme
fait ici une ‚trange impression", se dit-il. Cette r‚flexion fut amŠre;
le comte avait atteint la cinquantaine, c'est un mot bien cruel et dont
peut-ˆtre un homme ‚perdument amoureux peut seul sentir tout le
retentissement. Il ‚tait fort bon, fort digne d'ˆtre aim‚, … ses
s‚v‚rit‚s prŠs comme ministre. Mais, … ses yeux, ce mot cruel la
cinquantaine jetait du noir sur toute sa vie et e–t ‚t‚ capable de le
faire cruel pour son propre compte. Depuis cinq ann‚es qu'il avait
d‚cid‚ la duchesse … venir … Parme, elle avait souvent excit‚ sa
jalousie, surtout dans les premiers temps, mais jamais elle ne lui
avait donn‚ de sujet de plainte r‚el. Il croyait mˆme, et il avait
raison, que c'‚tait dans le dessein de mieux s'assurer de son coeur que
la duchesse avait eu recours … ces apparences de distinction en faveur
de quelques jeunes beaux de la cour. Il ‚tait s–r, par exemple, qu'elle
avait refus‚ les hommages du prince, qui mˆme, … cette occasion avait
dit un mot instructif.

- Mais si j'acceptais les hommages de Votre Altesse, lui disait la
duchesse en riant, de quel front oser reparaŒtre devant le comte?

- Je serais presque aussi d‚contenanc‚ que vous. Le cher comte! mon
ami! Mais c'est un embarras bien facile … tourner et auquel j'ai song‚:
le comte serait mis … la citadelle pour le reste de ses jours.

Au moment de l'arriv‚e de Fabrice, la duchesse fut tellement
transport‚e de bonheur, qu'elle ne songea pas du tout aux id‚es que ses
yeux pourraient donner au comte. L'effet fut profond et les soup‡ons
sans remŠde.

Fabrice fut re‡u par le prince deux heures aprŠs son arriv‚e, la
duchesse, pr‚voyant le bon effet que cette audience impromptu devait
produire dans le public, la sollicitait depuis deux mois: cette faveur
mettait Fabrice hors de pair dŠs le premier instant; le pr‚texte avait
‚t‚ qu'il ne faisait que passer … Parme pour aller voir sa mŠre en
Pi‚mont. Au moment o— un petit billet charmant de la duchesse vint dire
au prince que Fabrice attendait ses ordres, Son Altesse s'ennuyait."Je
vais voir, se dit-elle, un petit saint bien niais, une mine plate ou
sournoise."Le commandant de la place avait d‚j… rendu compte de la
premiŠre visite au tombeau de l'oncle archevˆque. Le prince vit entrer
un grand jeune homme, que, sans ses bas violets, il e–t pris pour
quelque jeune officier.

Cette petite surprise chassa l'ennui: "Voil… un gaillard, se dit-il,
pour lequel on va me demander Dieu sait quelles faveurs, toutes celles
dont je puis disposer. Il arrive, il doit ˆtre ‚mu: je m'en vais faire
de la politique jacobine; nous verrons un peu comment il r‚pondra."

AprŠs les premiers mots gracieux de la part du prince:

- Eh bien! Monsignore, dit-il … Fabrice, les peuples de Naples sont-ils
heureux? Le roi est-il aim‚?

- Altesse S‚r‚nissime, r‚pondit Fabrice sans h‚siter un instant,
j'admirais, en passant dans la rue, l'excellente tenue des soldats des
divers r‚giments de S. M. le Roi; la bonne compagnie est respectueuse
envers ses maŒtres comme elle doit l'ˆtre mais j'avouerai que de la vie
je n'ai souffert que l‚s gens des basses classes me parlassent d'autre
chose que du travail pour lequel je les paie.

- Peste! dit le prince quel sacre'! voici un oiseau bien styl‚, c'est
l'esprit de la Sanseverina.

Piqu‚ au jeu, le prince employa beaucoup d'adresse … faire parler
Fabrice sur ce sujet si scabreux. Le jeune homme, anim‚ par le danger,
eut le bonheur de trouver des r‚ponses admirables:

- C'est presque de l'insolence que d'afficher de l'amour pour son roi,
disait-il, c'est de l'ob‚issance aveugle qu'on lui doit.

A la vue de tant de prudence, le prince eut presque de l'humeur."Il
paraŒt que voici un homme d'esprit qui nous arrive de Naples, et je
n'aime pas cette engeance; un homme d'esprit a beau marcher dans les
meilleurs principes et mˆme de bonne foi, toujours par quelque c“t‚ il
est cousin germain de Voltaire et de Rousseau."

Le prince se trouvait comme brav‚ par les maniŠres si convenables et
les r‚ponses tellement inattaquables du jeune ‚chapp‚ de collŠge; ce
qu'il avait pr‚vu n'arrivait point: en un clin d'oeil il prit le ton de
la bonhomie, et, remontant, en quelques mots, jusqu'aux grands
principes des soci‚t‚s et du gouvernement, il d‚bita, en les adaptant …
la circonstance, quelques phrases de F‚nelon qu'on lui avait fait
apprendre par coeur dŠs l'enfance pour les audiences publiques.

- Ces principes vous ‚tonnent, jeune homme dit-il … Fabrice (il l'avait
appel‚ monsignore au commencement de l'audience, et il comptait lui
donner du monsignore en le cong‚diant, mais dans le courant de la
conversation il trouvait plus adroit, plus favorable aux tournures
path‚tiques, de l'interpeller par un petit nom d'amiti‚); ces principes
vous ‚tonnent, jeune homme, j'avoue qu'ils ne ressemblent guŠre aux
tartines d'absolutisme (ce fut le mot) que l'on peut lire tous les
jours dans mon journal officiel... Mais, grand Dieu! qu'est-ce que je
vais vous citer l…? ces ‚crivains du journal sont pour vous bien
inconnus.

- Je demande pardon … Votre Altesse S‚r‚nissime; non seulement je lis
le journal de Parme, qui me semble assez bien ‚crit, mais encore je
tiens, avec lui, que tout ce qui a ‚t‚ fait depuis la mort de Louis
XIV, en 1715, est … la fois un crime et une sottise. Le plus grand
int‚rˆt de l'homme c'est son salut, il ne peut pas y avoir deux fa‡ons
de voir … ce sujet, et ce bonheur-l… doit durer une ‚ternit‚. Les mots
libert‚, justice, bonheur du plus grand nombre sont infƒmes et
criminels: ils donnent aux esprits l'habitude de la discussion et de la
m‚fiance. Une Chambre des d‚put‚s se d‚fie de ce que ces gens-l…
appellent le ministŠre. Cette fatale habitude de la m‚fiance une fois
contract‚e, la faiblesse humaine l'applique … tout l'homme arrive … se
m‚fier de la Bible, des ordres de l'Eglise, de la tradition, etc.; dŠs
lors il est perdu. Quand bien mˆme, ce qui est horriblement faux et
criminel … dire, cette m‚fiance envers l'autorit‚ des princes ‚tablis
de Dieu donnerait le bonheur pendant les vingt ou trente ann‚es de vie
que chacun de nous peut pr‚tendre, qu'est-ce qu'un demi-siŠcle ou un
siŠcle tout entier, compar‚ … une ‚ternit‚ de supplices? etc.

On voyait, … l'air dont Fabrice parlait, qu'il cherchait … arranger ses
id‚es de fa‡on … les faire saisir le plus facilement possible par son
auditeur, il ‚tait clair qu'il ne r‚citait pas une le‡on.

Bient“t le prince ne se soucia plus de lutter avec ce jeune homme dont
les maniŠres simples et graves le gˆnaient.

- Adieu, monsignore, lui dit-il brusquement je vois qu'on donne une
excellente ‚ducation dans l'Acad‚mie eccl‚siastique de Naples, et il
est tout simple que quand ces bons pr‚ceptes tombent sur un esprit
aussi distingu‚, on obtienne des r‚sultats brillants. Adieu.

Et il lui tourna le dos.

"Je n'ai point plu … cet animal", se dit Fabrice.

"Maintenant il nous reste … voir, dit le prince dŠs qu'il fut seul, si
ce beau jeune homme est susceptible de passion pour quelque chose; en
ce cas il serait complet... Peut-on r‚p‚ter avec plus d'esprit les
le‡ons de la tante? Il me semblait l'entendre parler; s'il y avait une
r‚volution chez moi ce serait elle qui r‚digerait Le Moniteur, comme
jadis la San Felice … Naples! Mais la San Felice, malgr‚ ses vingt-cinq
ans et sa beaut‚, fut un peu perdue! Avis aux femmes de trop
d'esprit."En croyant Fabrice l'‚lŠve de sa tante, le prince se
trompait: les gens d'esprit qui naissent sur le tr“ne ou … c“t‚ perdent
bient“t toute finesse de tact; ils proscrivent, autour d'eux, la
libert‚ de conversation qui leur paraŒt grossiŠret‚; ils ne veulent
voir que des masques et pr‚tendent juger de la beaut‚ du teint; le
plaisant c'est qu'ils se croient beaucoup de tact. Dans ce cas-ci, par
exemple, Fabrice croyait … peu prŠs tout ce que nous lui avons entendu
dire; il est vrai qu'il ne songeait pas deux fois par mois … tous ces
grands principes. Il avait des go–ts vifs, il avait de l'esprit, mais
il avait la foi.

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Ay Mijo! Why Do You Want To Be An Engineer?
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Oklahoma City to be Site of NAHJ Region 5 Conference
A little more than a year after forming, the Oklahoma City Chapter of the National Association of Hispanic Journalists will be the host for the 2007 Region 5 Conference, March 30 - 31.

Support Teen Literature Day planned for April 19
The Young Adult Library Services Association (YALSA), the fastest growing division of the American Library Association (ALA), is celebrating its first ever Support Teen Literature Day on April 19, as part of ALA's National Library Week celebration.