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Litterature et Philosophie melees

V >> Victor Hugo >> Litterature et Philosophie melees

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Dès lors, beaucoup de bons esprits dans l'assemblée constituante
s'effrayaient de la présence de ces quelques hommes impénétrables qui
semblaient se tenir en réserve pour une autre époque. Ils sentaient
qu'il y avait bien des ouragans dans ces poitrines dont il s'échappait
à peine quelques souffles. Ils se demandaient si ces aquilons ne se
déchaîneraient pas un jour, et ce que deviendraient alors toutes les
choses essentielles à la civilisation que 89 n'avait pas déracinées.
Rabaut Saint-Étienne, qui croyait la révolution finie et qui le disait
tout haut, flairait avec inquiétude Robespierre, qui ne la croyait pas
commencée et qui le disait tout bas. Les démolisseurs présents de la
monarchie tremblaient devant les démolisseurs futurs de la société.
Ceux-ci, comme tous les hommes qui ont l'avenir et qui le savent,
étaient hautains, hargneux et arrogants, et le moindre d'entre eux
coudoyait dédaigneusement les principaux de l'assemblée. Les plus nuls
et les plus obscurs jetaient, selon leur humeur et leur fantaisie,
d'insolentes interruptions aux plus graves orateurs; et, comme tout
le monde savait qu'il y avait des événements pour ces hommes dans
un prochain avenir, personne n'osait leur répliquer. C'est dans
ces moments où l'assemblée qui devait venir un jour faisait peur
à l'assemblée qui existait, c'est alors que se manifestait avec
splendeur le pouvoir d'exception de Mirabeau. Dans le sentiment de sa
toute-puissance, et sans se douter qu'il fît une chose si grande, il
criait au groupe sinistre qui coupait la parole à la constituante:
_Silence aux trente voix_! et la convention se taisait.

Cet antre d'Éole resta silencieux et contenu tant que Mirabeau tint le
pied sur le couvercle.

Mirabeau mort, toutes les arrière-pensées anarchiques firent
irruption.

Nous le répétons d'ailleurs, nous croyons que Mirabeau est mort à
propos. Après avoir déchaîné bien des orages dans l'état, il est
évident que pendant un temps il a comprimé sous son poids toutes les
forces divergentes auxquelles il était réservé d'achever la ruine
qu'il avait commencée; mais elles se condensaient par cette
compression même, et tôt ou tard, selon nous, l'explosion
révolutionnaire devait trouver issue et jeter au loin Mirabeau, tout
géant qu'il était.

Concluons.

Si nous avions à résumer Mirabeau d'un mot, nous dirions: Mirabeau,
ce n'est pas un homme, ce n'est pas un peuple, c'est un événement qui
parle.

Un immense événement! la chute de la forme monarchique en France.

Sous Mirabeau, ni la monarchie ni la république n'étaient possibles.
La monarchie l'excluait par sa hiérarchie, la république par son
niveau. Mirabeau est un homme qui passe dans une époque qui prépare.
Pour que l'envergure de Mirabeau s'y déployât à l'aise, il fallait que
l'atmosphère sociale fût dans cet état particulier où rien de précis
et d'enraciné dans le sol ne résiste, où tout obstacle à l'essor des
théories se refoule aisément, où les principes qui feront un jour le
fond solide de la société future sont encore en suspension, sans trop
de forme ni de consistance, attendant, dans ce milieu où ils flottent
pêle-mêle en tourbillon, l'instant de se précipiter et de se
cristalliser. Toute institution assise a des angles auxquels le génie
de Mirabeau se fût peut-être brisé l'aile.

Mirabeau avait un sens profond des choses, il avait aussi un sens
profond des hommes. A son arrivée aux états généraux, il observa
longtemps en silence, dans l'assemblée et hors de l'assemblée, le
groupe alors si pittoresque des partis. Il devina l'insuffisance de
Mounier, de Malouet et de Rabaut Saint-Étienne, qui rêvaient une
conclusion anglaise. Il jugea froidement la passion de Chapelier, la
brièveté d'esprit de Pétion, la mauvaise emphase littéraire de Volney;
l'abbé Maury, qui avait besoin d'une position; d'Éprémesnil et Adrien
Duport, parlementaires de mauvaise humeur et non tribuns; Roland, ce
zéro dont la femme était le chiffre; Grégoire, qui était à l'état de
somnambulisme politique. Il vit tout de suite le fond de Sieyès, si
peu pénétrable qu'il fût. Il enivra de ses idées Camille Desmoulins,
dont la tête n'était pas assez forte pour les porter. Il fascina
Danton, qui lui ressemblait en moins grand et en plus laid. Il
n'essaya aucune séduction près des Guillermy, des Lautrec et des
Cazalès, sortes de caractères insolubles dans les révolutions. Il
sentait que tout allait marcher si vite, qu'on n'avait pas de temps à
perdre. D'ailleurs, plein de courage et n'ayant jamais peur de l'homme
du jour, ce qui est rare, ni de l'homme du lendemain, ce qui est
plus rare encore, toute sa vie il fut hardi avec ceux qui étaient
puissants; il attaqua successivement dans leur temps Maupeou et
Terray, Calonne et Necker. Il s'approcha du duc d'Orléans, le toucha
et le quitta aussitôt. Il regarda Robespierre en face et Marat de
travers.

Il avait été successivement enfermé à l'île de Rhé, au château d'If,
au fort de Joux, au donjon de Vincennes. Il se vengea de toutes ces
prisons sur la Bastille.

Dans ses captivités, il lisait Tacite. Il le dévorait, il s'en
nourrissait; et, quand il arriva à la tribune en 1789, il avait
encore la bouche pleine de cette moelle de lion. On s'en aperçut aux
premières paroles qu'il prononça.

Il n'avait pas l'intelligence de ce que voulaient Robespierre et
Marat. Il regardait l'un comme un avocat sans causes et l'autre comme
un médecin sans malades, et il supposait que c'était le dépit qui
les faisait divaguer. Opinion qui d'ailleurs avait son côté vrai. Il
tournait le dos complètement aux choses qui venaient à si grands pas
derrière lui. Comme tous les régénérateurs radicaux, il avait l'oeil
bien plus fixé sur les questions sociales que sur les questions
politiques. Son oeuvre, à lui, ce n'est pas la république, c'est la
révolution.

Ce qui prouve qu'il est le vrai grand homme essentiel de ces temps-là,
c'est qu'il est resté plus grand qu'aucun des hommes qui ont grandi
après lui dans le même ordre d'idées que lui.

Son père, qui ne le comprenait pas plus, quoiqu'il l'eût engendré, que
la constituante ne comprenait la convention, disait de lui: _Cet homme
n'est ni la fin ni le commencement d'un homme_. Il avait raison. «Cet
homme» était la fin d'une société et le commencement d'une autre.

Mirabeau n'importe pas moins à l'oeuvre générale du dix-huitième
siècle que Voltaire. Ces deux hommes avaient des missions semblables,
détruire les vieilles choses et préparer les nouvelles. Le travail de
l'un a été continu et l'a occupé, aux yeux de l'Europe, durant toute
sa longue vie. L'autre n'a paru sur la scène que peu d'instants. Pour
faire leur besogne commune, le temps a été donné à Voltaire par années
et à Mirabeau par journées. Cependant Mirabeau n'a pas moins fait que
Voltaire. Seulement l'orateur s'y prend autrement que le philosophe.
Chacun attaque la vie du corps social à sa façon. Voltaire décompose,
Mirabeau écrase. Le procédé de Voltaire est en quelque sorte chimique,
celui de Mirabeau est tout physique. Après Voltaire, une société est
en dissolution; après Mirabeau, en poussière. Voltaire, c'est un
acide; Mirabeau, c'est une massue.


[1: Mme du Saillant.

[2: Nous entendons ne qualifier ainsi que celles de ces lettres qui
sont passion pure. Nous jetons sur les autres le voile qui convient.

[3: M. de Barentin. Séance du 24 juin 1789.


VII


Si maintenant, pour compléter l'ensemble que nous avons essayé
d'ébaucher de Mirabeau et de son époque, nous reportons les yeux
sur nous, il est aisé de voir, au point où se trouve aujourd'hui le
mouvement social commencé en 89, que nous n'aurons plus d'hommes comme
Mirabeau, sans que personne puisse dire d'ailleurs précisément de
quelle forme seront les grands hommes politiques que nous réserve
l'avenir.

Les Mirabeau ne sont plus nécessaires, donc ils ne sont plus
possibles.

La providence ne crée pas des hommes pareils quand ils sont inutiles.
Elle ne jette pas de cette graine-là au vent.

Et en effet, à quoi pourrait servir maintenant un Mirabeau? Un
Mirabeau, c'est une foudre. Qu'y a-t-il à foudroyer? Où sont dans la
région politique les objets trop haut placés qui attirent le tonnerre?
Nous ne sommes plus comme en 1789, où il y avait dans l'ordre social
tant de choses disproportionnées.

Aujourd'hui le sol est à peu près nivelé; tout est plan, ras, uni. Un
orage comme Mirabeau qui passerait sur nous ne trouverait pas un seul
sommet où s'accrocher.

Ce n'est pas à dire, parce que nous n'aurons plus besoin d'un
Mirabeau, que nous n'ayons plus besoin de grands hommes. Bien au
contraire. Il y a certes beaucoup à travailler encore. Tout est
défait, rien n'est refait.

Dans les moments comme celui où nous sommes, le parti de l'avenir
se divise en deux classes, les hommes de révolution, les hommes de
progrès. Ce sont les hommes de révolution qui déchirent la vieille
terre politique, creusent le sillon, jettent la semence; mais leur
temps est court. Aux hommes de progrès appartiennent la lente et
laborieuse culture des principes, l'étude des saisons propices à
la greffe de telle ou telle idée, le travail au jour le jour,
l'arrosement de la jeune plante, l'engrais du sol, la récolte pour
tous. Ils vont courbés et patients, sous le soleil ou sous la pluie,
dans le champ public, épierrant cette terre couverte de ruines,
extirpant les chicots du passé qui accrochent encore çà et là,
déracinant les souches mortes des anciens régimes, sarclant les abus,
cette mauvaise herbe qui pousse si vite dans toutes les lacunes de
la loi. Il leur faut bon oeil, bon pied, bonne main. Dignes et
consciencieux travailleurs, souvent bien mal payés!

Or, selon nous, à l'heure qu'il est, les hommes de révolution ont
accompli leur tâche. Ils ont eu tout récemment encore leurs trois
jours de semailles en juillet. Qu'ils laissent faire maintenant les
hommes de progrès. Après le sillon, l'épi.

Mirabeau, c'est un grand homme de révolution. Il nous faut maintenant
le grand homme du progrès.

Nous l'aurons. La France a une initiative trop importante dans la
civilisation du globe, pour que les hommes spéciaux lui fassent jamais
faute. La France est la mère majestueuse de toutes les idées qui sont
aujourd'hui en mission chez tous les peuples. On peut dire que la
France, depuis deux siècles, nourrit le monde du lait de ses mamelles.
La grande nation a le sang généreux et riche et les entrailles
fécondes; elle est inépuisable en génies; elle tire de son sein toutes
les grandes intelligences dont elle a besoin; elle a toujours des
hommes à la mesure de ses événements, et il ne lui manque dans
l'occasion ni des Mirabeau pour commencer ses révolutions ni des
Napoléon pour les finir.

La providence ne lui refusera certainement pas le grand homme social,
et non plus seulement politique, dont l'avenir a besoin.

En attendant qu'il vienne, sans doute, à peu d'exceptions près, les
hommes qui font de l'histoire pour le moment sont petits; sans
doute il est triste que les grands corps de l'état manquent d'idées
générales et de larges sympathies; sans doute il est affligeant qu'on
emploie à des badigeonnages le temps qu'on devrait donner à des
constructions; sans doute il est étrange qu'on oublie que la
souveraineté véritable est celle de l'intelligence, qu'il faut avant
tout éclairer les masses, et que, quand le peuple sera intelligent,
alors seulement le peuple sera souverain; sans doute il est honteux
que les magnifiques prémisses de 89 aient amené de certains
corollaires comme une tête de sirène amène une queue de poisson, et
que des gâcheurs aient pauvrement plaqué tant de lois de plâtre sur
des idées de granit; sans doute il est déplorable que la révolution
française ait eu de si maladroits accoucheurs; sans doute. Mais rien
d'irréparable n'a encore été fait; aucun principe essentiel n'a été
étouffé dans l'enfantement révolutionnaire; aucun avortement n'a eu
lieu; toutes les idées qui importent à la civilisation future sont
nées viables, et prennent chaque jour force, taille et santé. Certes,
quand 1814 est arrivé, toutes ces idées, filles de la révolution,
étaient bien jeunes et bien petites encore, et tout à fait au berceau;
et la restauration, il faut en convenir, leur a été une maigre et
mauvaise nourrice. Cependant, il faut en convenir aussi, elle n'en a
tué aucune. Le groupe des principes est complet.

A l'heure où nous sommes, toute critique est possible; mais l'homme
sage doit avoir pour l'époque entière un regard bienveillant. Il doit
espérer, se confier, attendre. Il doit tenir compte aux hommes de
théorie de la lenteur avec laquelle poussent les idées; aux hommes
de pratique, de cet étroit et utile amour des choses qui sont, sans
lequel la société se désorganiserait dans les expériences successives;
aux passions, de leurs digressions généreuses et fécondantes; aux
intérêts, de leurs calculs qui rattachent les classes entre elles à
défaut de croyances; aux gouvernements, de leurs tâtonnements vers le
bien dans l'ombre; aux oppositions, de l'aiguillon qu'elles ont sans
cesse au poing et qui fait tracer au boeuf le sillon; aux partis
mitoyens, de l'adoucissement qu'ils apportent aux transitions; aux
partis extrêmes, de l'activité qu'ils impriment à la circulation des
idées, lesquelles sont le sang même de la civilisation; aux amis
du passé, du soin qu'ils prennent de quelques racines vivaces; aux
zélateurs de l'avenir, de leur amour pour ces belles fleurs qui seront
un jour de beaux fruits; aux hommes mûrs, de leur modération; aux
hommes jeunes, de leur patience; à ceux-ci, de ce qu'ils font; à
ceux-là, de ce qu'ils veulent faire; à tous, de la difficulté de tout.

Nous ne nierons pas d'ailleurs tout ce que l'époque où nous vivons a
d'orageux et de troublé. La plupart des hommes qui font quelque chose
dans l'état ne savent pas ce qu'ils font. Ils travaillent dans la nuit
sans y voir. Demain, quand il fera jour, ils seront peut-être tout
surpris de leur oeuvre. Charmés ou effrayés, qui sait? Il n'y a plus
rien de certain dans la science politique; toutes les boussoles sont
perdues; la société chasse sur ses ancres; depuis vingt ans on lui a
déjà changé trois fois ce grand mât qu'on appelle la _dynastie_, et
qui est toujours le premier frappé de la foudre.

La loi définitive de rien ne se révèle encore. Le gouvernement, tel
qu'il est, n'est l'affirmation d'aucune chose; la presse, si grande et
si utile d'ailleurs, n'est qu'une négation perpétuelle de tout. Aucune
formule nette de civilisation et de progrès n'a encore été rédigée.

La révolution française a ouvert pour toutes les théories sociales un
livre immense, une sorte de grand testament. Mirabeau y a écrit son
mot, Robespierre le sien, Napoléon le sien. Louis XVIII y a fait une
rature. Charles X a déchiré la page. La chambre du 7 août l'a recollée
à peu près, mais voilà tout. Le livre est là, la plume est là. Qui
osera écrire?

Les hommes actuels semblent peu de chose sans doute; cependant
quiconque pense doit fixer sur l'ébullition sociale un regard
attentif.

Certes, nous avons ferme confiance et ferme espoir.

Eh! qui ne sent que, dans ce tumulte et dans cette tempête, au milieu
de ce combat de tous les systèmes et de toutes les ambitions qui fait
tant de fumée et tant de poussière, sous ce voile qui cache encore aux
yeux la statue sociale et providentielle à peine ébauchée, derrière
ce nuage de théories, de passions, de chimères qui se croisent, se
heurtent et s'entre-dévorent dans l'espèce de jour brumeux qu'elles
déchirent de leurs éclairs, à travers ce bruit de la parole humaine
qui parle à la fois toutes les langues par toutes les bouches, sous
ce violent tourbillon de choses, d'hommes et d'idées qu'on appelle le
dix-neuvième siècle, quelque chose de grand s'accomplit?

Dieu reste calme et fait son oeuvre.




TABLE




BUT DE CETTE PUBLICATION


JOURNAL DES IDÉES
DES OPINIONS ET DES LECTURES
D'UN JEUNE JACOBITE DE 1819

HISTOIRE
FRAGMENTS DE CRITIQUE
THÉÂTRE
FANTAISIE


JOURNAL DES IDÉES
ET DES OPINIONS D'UN RÉVOLUTIONNAIRE DE 1830

AOUT
SEPTEMBRE
OCTOBRE
NOVEMBRE
DÉCEMBRE
JANVIER
FÉVRIER
MARS
DERNIERS FEUILLETS SANS DATE


1823-1824

SUR VOLTAIRE
SUR WALTER SCOTT, A PROPOS DE _Quentin Durward_.
SUR L'ABBÉ DE LAMENNAIS, A PROPOS DE L'_Essai sur
l'indifférence en matière de religion_
SUR LORD BYRON, A PROPOS DE SA MORT
IDÉES AU HASARD


1827

FRAGMENT D'HISTOIRE


1830

SUR M. DOVALLE


1825-1832

GUERRE AUX DÉMOLISSEURS!
1825
1832


1833

YMBERT GALLOIX


1834

SUR MIRABEAU






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Ay Mijo! Why Do You Want To Be An Engineer?
New Book, Endorsed By Society of Hispanic Professional Engineers, Profiles Successful Latino Engineers to Inspire Young Math, Science Students

Oklahoma City to be Site of NAHJ Region 5 Conference
A little more than a year after forming, the Oklahoma City Chapter of the National Association of Hispanic Journalists will be the host for the 2007 Region 5 Conference, March 30 - 31.

Support Teen Literature Day planned for April 19
The Young Adult Library Services Association (YALSA), the fastest growing division of the American Library Association (ALA), is celebrating its first ever Support Teen Literature Day on April 19, as part of ALA's National Library Week celebration.